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En ce joli mois de mai, voici venue l'épreuve de l'année que je redoute peut-être le plus. Ce ne sont pas les kilomètres qui m'effraient, je pourrais même dire que c'est ma distance fétiche en trail (il en faut pour tous les goûts n'est-ce pas ?). Mais là on n'est pas dans la même cour que d'habitude... Bienvenue dans les Alpes !

Le massif des Bauges, rustique et verdoyant avec ses 12 sommets au-delà de 2000 m, constitue un très beau terrain de jeu. Le parcours prometteur fait une belle boucle entre Cruet dans la vallée de l'Isère et le Colombier aux portes du lac d'Annecy. Le temps est de la partie, jugez-en par vous-même sur les photos.

La vie en rose à 5h du matinLa vie en rose à 5h du matinLa vie en rose à 5h du matin

La vie en rose à 5h du matin

De Cruet au lac de la Thuile (km 18)

5h du matin donc, les lumières des 300 frontales et des feux de bengale jaillissent de l'ombre, le chronomètre s'enclenche dans une nuit calme et clémente. Trois hommes en rose s'élancent. L'échauffement dure à peine 3 km à travers les vignes du flan sud des Bauges, le rythme au-delà de 13 km/h ne me paraît pas raisonnable, je lève un peu le pied. Enfin j'essaye...

Le terrain ne tarde pas à s'élever vers le rocher du Guet et le Montgelas. Vue imprenable sur Chambéry au terme d'une montée technique suivie d'une descente qui l'est tout autant. Prudence ça glisse et dans ce contexte je suis loin d'être à l'aise. Au km 10, j'ai perdu mes compères en rose, Stéphane est derrière, Nico devant. Je me retrouve donc seul jusqu'au ravitaillement du lac de la Thuile, où la quiétude matinale régénère mon organisme déjà sollicité. Il est 7h45. Stéphane me rejoint et nous ferons maintenant route ensemble jusqu'à la fin.

Lac de la Thuile, pointe de la Galoppaz, chaîne de Belledonne enneigéeLac de la Thuile, pointe de la Galoppaz, chaîne de Belledonne enneigéeLac de la Thuile, pointe de la Galoppaz, chaîne de Belledonne enneigée

Lac de la Thuile, pointe de la Galoppaz, chaîne de Belledonne enneigée

Du lac de la Thuile à la côte des Gueulets (km 32)

Un agréable tour de lac, c'est le dernier répit avant d'attaquer la longue et usante ascension du Pic de la Sauge (1612 m). C'est technique, ça serpente d'un vallon à l'autre en balcon puis à travers bois. A plusieurs reprises j'entrevois le ciel à travers les arbres, ce qui est généralement bon signe, mais c'est pour repartir de plus belle vers le haut sur un autre versant... Bref j'y laisse quelques plumes, mes ravitaillements ne compensant que partiellement les calories brûlées. Mes bâtons chauffent, mes jambes pas trop, mais je suis fa-ti-gué.

Une rapide descente plus tard, c'est la pointe de la Galoppaz (1681 m) qui me tend les bras. C'est plus ludique, la montagne est pelée et toute verte version pelouse, au moins ici je mesure dès le ruisseau du Dard le chemin qui reste à parcourir ! Les bénévoles au sommet me font sourire en criant "barrière horaire dans 5 min"... Intox heureusement, car je ne vois pas comment batailler contre une barrière sur ce genre de terrain. La descente qui suit est encore trop raide pour moi, mon agilité trouve vite ses limites. Stéphane m'emmène vers le ravitaillement situé en sortie de bois. Bien agréable.

De la côte des Gueulets à Aillon-le-Jeune (km 39)

Aah, enfin une portion où je peux courir. Il était temps, et comme le dit si justement une célèbre compagnie dont je tairai le nom, "c'est bon pour le moral" ! Des vallons adoucis, de belles pistes caillouteuses et sèches, me voici dans mon élément pour cette jonction qui mène à la station de ski d'Aillon-le-Jeune via un sentier botanique renfermant 40 espèces d'orchidées. Mes jambes se remettent en action.

L'ascension du Colomobier et le panorama à 360° (Bauges, lac d'Annecy, Mont-Blanc...)L'ascension du Colomobier et le panorama à 360° (Bauges, lac d'Annecy, Mont-Blanc...)L'ascension du Colomobier et le panorama à 360° (Bauges, lac d'Annecy, Mont-Blanc...)
L'ascension du Colomobier et le panorama à 360° (Bauges, lac d'Annecy, Mont-Blanc...)L'ascension du Colomobier et le panorama à 360° (Bauges, lac d'Annecy, Mont-Blanc...)L'ascension du Colomobier et le panorama à 360° (Bauges, lac d'Annecy, Mont-Blanc...)

L'ascension du Colomobier et le panorama à 360° (Bauges, lac d'Annecy, Mont-Blanc...)

D'Aillon-le-Jeune au Mont-Pelat (km 57)

Sur ce passage, il n'y a qu'à lever les yeux pour viser le point culminant de la course, le mont Colombier (2045 m). C'est haut mais en avant, le fromage et le saucisson du ravitaillement me porteront. En fait, en je ne le comprendrai que plus tard, avant d'attaquer les choses sérieuses il y a d'abord un monotrace agréable pour gagner le pied du mont. Succession de montées et descentes version montagnes russes.

Et puis à un moment, ça bifurque plein Est et les choses sérieuses commencent. La difficulté ? Ici pas réellement la pente mais la longueur. Je m'accroche à Stéphane, et lui à moi, on s'encourage, on peste, on rigole, on se soutient. C'est aussi ça l'esprit trail. Un passage en clairière nous dévoile quelques parapentes qui tournent au-dessus de nos têtes, et aussi des fourmis escaladant la crète tout en haut... C'est là qu'on va ! Au bout d'un bon moment, je sors définitivement des arbres pour gagner une tourbière, véritable cirque isolé et silencieux. Magique. Et puis voici le col de la Cochette (1694 m) qui annonce l'estocade... carrément un mur ! Je touche le fond mais résiste, je suis u-sé en atteignant la croix qui marque le sommet. Merci à Daniel et Serge de m'avoir patiemment attendu et encouragé, ça a contribué à recharger les accus. Croyez-moi, ça en valait la peine, le Colombier planté au milieu des Bauges offre un 360° à couper le souffle (et c'est le cas !) : à proximité tous les sommets des Bauges (Arcalod, Trélod, Arclusaz, Margériaz...), au Sud la chaîne de Belledonne enneigée, à l'Est le massif du Mont-Blanc imposant, au Nord le lac d'Annecy et le lac Léman... Je suis en plein milieu des cartes postales qui trônent sur les tourniquets des librairies environnantes.

Et déjà voici l'heure de la redescente via le chalet de Rossane et les chalets de la Fulie, dans des alpages aux pelouses accueillantes. Le hic ? Déjà plus de 4h depuis le dernier ravitaillement, et à cours d'eau je me mue en véritable chameau. Qu'est-ce qu'on cogite en trail quand il manque des vivres. Au Mont-Pelat je serai récompensé, c'est la première fois que je trouve des saucisses et des frites sur un ravitaillement, mais je vous promets qu'à ce stade ça fait du bien !

En route vers les chalets de la Fulie puis le Mont-Pelat (1543 m)En route vers les chalets de la Fulie puis le Mont-Pelat (1543 m)En route vers les chalets de la Fulie puis le Mont-Pelat (1543 m)

En route vers les chalets de la Fulie puis le Mont-Pelat (1543 m)

Du Mont-Pelat à Monlambert (km 68)

Pas de difficulté particulière ici hormis la fatigue. De larges pistes dévallent avec douceur des montagnes, c'est agréable de voir passer un peu plus vite les kilomètres. Stéphane et moi alternons marche et trot, et bientôt saut d'obstacle avec une bosse sur un monotrace qui nous mène à Monlambert. Ici les bénévoles sont déguisés et une humeur joyeuse flotte dans l'air. Une bonne soeur fait des moulinets sur Alexandrie Alexandra, un moine sirote l'apéro, je jubile.

De Monlambert à Cruet (km 73)

Ca roule tout seul, l'arrivée est proche, Stéphane a retrouvé ses jambes de vingt ans. Portion facile qui nous fait regagner la vallée de l'Isère et traverser Cruet... Voici l'arche après 16h15min d'efforts, arrivée en famille où je retrouve Nico arrivé 1h avant.

Epilogue

En me retournant sur cette aventure, qu'est-ce que je retiens ?

  • L'organisation est au top, les bénévoles sont tous aux petits soins des coureurs.
  • Le trail dans les Alpes, ce n'est pas le trail en Touraine ! Près de 5000 m D+ ça forge les gambettes, il faut arriver préparé.
  • Le trail c'est aussi oublier le chrono pour partager la balade - ce fut le cas avec Stéphane - et profiter du cadre dans lequel on a la chance d'évoluer.
  • Le massif des Bauges mérite d'y passer du temps. Et ça, jy reviendrai dans le prochain post.

Si vous pensez que l'aventure est dangereuse, essayez la routine ... Elle est mortelle.

Paulo Coelho

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