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La Saintélyon, c'est une course à part, véritable parenthèse de fin d'année, ludique et exigeante. C'était ici mon premier ultra il y a deux ans, et une première fois ça ne s'oublie pas ! Cette année le parcours est typé "rouleur" plus que "traileur" : point de températures à faire frémir les ours polaires mais un agréable 2°C au départ, point de verglas ni de neige sur le chemin mais de la boue jusqu'à Soucieu-en-Jarrest, puis du sec. Tout cela change bigrement les perceptions, c'est une toute autre course à dire vrai.

Saintélyon 72 kmSaintélyon 72 kmSaintélyon 72 km

Alors reprenons au début. Il est samedi, je fais un passage rapide dans la ville des Lumières pour retirer mon dossard et me rendre au salon du trail. J'y salue la plus vaillante des bénévoles que je connaisse, la mondialement connue et reconnue Titine ! Entre vous et moi, je trouve absurde de distribuer les dossards dans la ville d'arrivée, personnellement ça m'a obligé à faire un aller-retour exprès depuis St-Etienne, je ne vous raconte pas le bilan carbone de la plaisanterie. Un trajet en car plus tard, me voici donc au Parc Expo de St-Etienne. Il est 17h, je n'ai que l'embarras du choix pour poser mon matelas et mon duvet dans un coin du hall. Le camp de base est planté, j'y passerai les sept prochaines heures alors autant être confort. Liant connaissance ci et là, je retrouve David, Jorik et d'autres qui se reconnaitront peut-être. Je parviens à somnoler tant bien que mal, c'est réparateur car je traîne sur mes épaules une grosse accumulation de fatigue. A la pasta party je discute trail en Bretagne (de bonnes idées pour la suite), puis replonge dans mon sommeil. La tension monte progressivement, je jubile en voyant dès 22h des coureurs équipés jusqu'aux dents, frontale sur le front et prêts à en découdre... Calmez-vous les gars, on est à plus de deux heures du départ, perso je retourne dans mon duvet.

Saintélyon 72 kmSaintélyon 72 kmSaintélyon 72 km

23h tout va maintenant s'enchaîner dans le rite initiatique du départ : préparation du sac avec méthode (je prends le strict minimum : eau, barres et gel, piles, bouteille vide de 50 cl, basta), habillage et réglage de la frontale, rangement et dépose du matériel à la consigne. Je suis dehors, il fait 2°C et vraiment pas froid. Je me positionne dans la première vague avec questionnement, la suite me montrera que c'est le bon choix. Maud Gobert prend la parole, la pression monte, l'arche lumineuse est à quelques dizaines de mètres... Minuit pétantes, tout s'agite, les lucioles s'activent, les drônes filment, le speaker exulte, le public applaudit, et moi je frissonne. C'est parti.

9 km de goudron et le peloton s'étale jusqu'à Sorbiers. Ne pas mettre les vu-mètres dans rouge, c'est le mot d'ordre. Ce n'est qu'une fois sorti de cette portion que j'allume ma frontale pour attaquer l'ascension à bonne allure de marche. C'est humide, ça glisse, ça relance, bien agréable. Et voici vite venir les lumières de St-Christo-en-Jarrest. Pas d'arrêt au stand, je continue.

La portion suivante qui mène au point culminant de la course est très rapide, juste le temps de se retourner de part en part pour admirer un long serpentin lumineux dans les monts aux courbes généreuses. Etonnamment, je me retrouve parfois seul sur le tracé, livré à ma seule lumière. Une vraie bulle. La descente sur Sainte-Catherine arrive à grandes enjambées, il est 2h45. Trois minutes d'arrêt buffet, puis je prends une bonne soupe chaude dans ma bouteille qui me réchauffe les mains en redémarrant.

Saintélyon 72 kmSaintélyon 72 kmSaintélyon 72 km

J'entre dans le dur pour rallier Soucieu-en-Jarrest (un toponyme bien nommé, j'ai les jarrets qui chauffent et la couenne qui tire). Deux bonnes bosses à franchir, s'accrocher, prendre un gel, des pensées positives, franchir la boue... Autour de moi la fatigue se fait également sentir, plusieurs coureurs trébuchent, tombent lourdement et repartent aussitôt tels des pantins à ressort. La traitre boue masque l'irrégularité des cailloux et des racines, je mets le frein à main dans la descente du bois d'Arfeuille, pourtant pas si pentue mais ô combien périlleuse. Un peu plus loin, Soucieu-en-Jarrest est toujours un tournant de la course qui rappelle qu'il ne reste "que" 22 kilomètres. Il est 5h44 lorsque j'entre au chaud dans le gymnase.

Du thé, du coca, du saucisson, du chocolat (super équilibré !), des quartiers de pomme, tout est bon à cette heure-ci. Je repars en direction du Garon pour le franchir sur une passerelle métallique après de brefs raidillons. Je retrouve des couleurs, on entre en périphérie lyonnaise par les chemins, pas désagréable. C'est l'aube qui me conduit à Chaponost pour un dernier arrêt au nouveau ravitaillement. Enôôrme erreur, je bois un verre entier d'une boisson énergétique dont je tairai le nom et qui me procurera un violent mal de ventre quelques centaines de mètres plus loin. Je perds une poignée de minutes, rien de grave finalement. Le compte-à-rebours tourne toujours, et je franchis la côte de l'aqueduc de Beaunant à bonne allure. Encore un yoyo raide et inattendu dans une parc d'accrobranche avant de plonger vers le Rhône par la série d'escaliers de Sainte-Foy-lès-Lyon. Musée des Confluences, parc de Gerland, j'accèlère pour finir en sprint au milieu d'un gymnase en ébullition. 8h33 pour accomplir les 72 km, 749 ème sur 5550 partants. Compte-tenu de mon état de fatigue initial, j'aurais signé sans hésiter pour ce chrono. Mission accomplie.

Saintélyon 72 kmSaintélyon 72 kmSaintélyon 72 km

A tête reposée

Côté logistique, l'organisation reste performante avec des améliorations comme la proximité des douches. 93 cars ont tourné toute la nuit pour acheminer les coureurs ici et là. Colossal. Quelques imperfections encore à signaler : absence de bière à l'arrivée, retrait des dossards à Lyon, repas d'arrivée pas très copieux (dieu sait si on a de l'appétance pour le gras après un tel effort). Une machinerie cependant bien huilée qui fait oublier le nombres de participants, plus de 14000 au total, et 6500 sur le solo.

Côté intérêt, ça reste une chouette épreuve. Tout le monde va au bout de soi, c'est une véritable course populaire où les athlétes purs et durs côtoient les traileurs dans un mélange joyeux et hétérogène.

Quant à savoir si je serai dans la course l'année prochaine ? Il ne faut jamais dire jamais... Courir la nuit n'a définitivement rien à voir. Surtout si vous m'accompagnez !

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