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On n'aborde pas un 100 miles comme on part sur un 100 km... Je l'ai appris sur cette belle course qu'est l'Infernal Trail des Vosges... Bienvenue donc dans la quatrième dimension ! Je ne puis vous compter heure par heure mon avancée sous peine de vous endormir durablement. Je préfère partager ici les enseignements que j'en retire.

Infernal Trail des Vosges 164 kmInfernal Trail des Vosges 164 kmInfernal Trail des Vosges 164 km
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Un 100 miles, ça se compte d'abord en nuits passées dehors. Deux en l'occurence, à batifoler au beau milieu des forêts et à crapahuter parfois hors piste, en enjambant des troncs de pins au sol. Ma-gi-que cet appel du noir, je redoutais en particulier la seconde nuit, je l'ai passée seul d'un bout à l'autre. Ma-gi-que je vous dis. J'ai croisé des salamandres en veux-tu en voilà, la famille Grenouille traversant le chemin sans prévenir, des oiseaux bruyants que je dérangeais manifestement, et même un groupe de coureurs qui pensaient être perdus, mais finalement pas après vérification de la position GPS auprès de l'organisation.

Un 100 miles, ça se joue dans les jambes mais surtout dans la tête. En principe, tous les participants ont des aptitudes physiques laissant présager qu'ils peuvent boucler le parcours sans trop de bobos. Normal. Pour ma part, je n'ai jamais ressenti de douleur musculaire par exemple. Mais c'est à l'intérieur que se fait toute la différence. Je m'explique. Qui n'a pas eu un coup de mou en bas de la huitième ascension du jour ? Qui ne s'est pas dit "je reste sous la couverture" après avoir somnolé sur la chaise du ravitaillement de La Croisette au km 113 ? Qui n'a pas posé son séant dans l'herbe en pleine nuit pour une micro-sieste improvisée ? Il fallait surmonter tout cela et jouer à la pensée positive, celle qui vous requinque quand vous êtes au plus bas, celle qui vous rend le sourire et vous fait parfois monter les larmes, celle qui fait que vous êtes toujours en course quand ça commence à caler sérieusement autour de vous !

Un 100 miles, ça se vit de l'intérieur. Un voyage en soi et avec les autres. Ici, j'ai été frappé par le silence religieux de la première nuit. Je crois que les langues ont commencé à se délier au petit jour, après tout-de-même sept heures de course. J'ai ainsi fait la connaissance de Franck, sympathique coureur du cru, dans la descente sur Le Syndicat. Durs les 36 km du départ, et même les 60 premiers menant à Chèvre Roche et au Haut du Tôt. Je ne m'attendais pas à un départ si musclé, infernal je confirme. Néanmoins, les grandes portions de solitude ont toujours laissé place à la joie de croiser ou retrouver un coureur ici ou là. Evidemment, ce n'était pas la foule de l'UTMB ou des championnats de France du Sancy, mais tant mieux car c'est aussi le charme de l'épreuve. Bref il faut à la fois aimer être seul et aimer la compagnie, le fil du parcours étant un fragile équilibre entre les deux.

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Un 100 miles, c'est empreint d'émotions et même d'hallucinations, diurnes comme nocturnes. Avais-je la berlue ? Je peux vous jurer que je me suis approché à pas lents d'un lièvre qui bougeait ses oreilles au milieu du chemin... pour m'apercevoir au dernier moment qu'il sagissait d'une souche bien immobile. J'ai vu également bon nombre de branches au sol déguisées en bouteilles en verre. Et le temps d'une observation, je suis même devenu spécialiste des constellations étoilées, le trigone du bélier en Neptune ayant attiré toute mon admiration !

Un 100 miles, ça se fait en gérant au mieux son sommeil et son alimentation. J'ai ainsi dormi deux fois 30 minutes à Rupt et Girmont, plus quelques siestes improvisées ça et là, de jour comme de nuit. J'octroie avec plaisir une mention spéciale à celle de 5 minutes dans le jardin de Bernadette en Haut du Tôt, au beau milieu des plantes aromatiques. L'alimentation fut extrêment simple : comme d'habitude au-delà de 10 heures de course, le sucré a laissé place au salé, avec à chacunes des bases de vie des soupes et surtout deux bonnes assiettes de pâtes, tomate, gruyère et jambon. Ca vous remet en selle illico !! Je dois avouer ici que j'ai en vain cherché un yahourt à boire à la vanille pendant toute la seconde moitié de course, un doux rêve qui m'a poursuivi un bon moment. Les noix de cajou et autres tranches de saucisson ont néanmoins bien nourri le coureur !

Un 100 miles, enfin, ça se réussit pleinement quand la bienveillance des bénévoles et la compagnie des coureurs vous portent vers l'avant. Plus de 500 bénévoles avec ce niveau de service, je n'avais jamais vu cela. A la descente du train en gare de St-Nabord, au beau milieu de la nuit sur les ravitaillements, au détour d'un chemin sous la pluie, toute l'équipe à l'unisson était à l'écoute des forçats de la montagne. Imaginez le grand luxe, les repas étaient même servis à table, et une personne surveillait le réveil des coureurs aux bases de vie ! Quant aux kilomètres que j'ai pu faire accompagné, ils furent fort agréable, merci à Franck, Ahmed, Rafion, Rémi et tous les autres !

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Un 100 miles, pour finir, c'est une belle aventure qui ne se fait pas sans le soutien de son entourage, alors merci à tous les encouragements que j'ai pu recevoir et plus spécialement ceux de mes trois piliers qui se reconnaîtront. Pour les chiffres du jour : 38h23min de course, 230 partants, 128 finishers, 84ème.

Un 100 miles, c'est quand des gens ordinaires font des choses extra-ordinaires...

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