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Le pays Cathare, sans le connaître, m'évoque en premier lieu d'imposants châteaux accrochés à des éperons rocheux saillants. Bref un précipité de tout l'univers du Moyen-Age qui fait rêver bon nombre de petits garçons. Je le suis sans doute resté, parfois.

Commençons par un peu d'Histoire pour comprendre où je mets les pieds : au XIIème siècle s’est développée dans le sud de la France une religion chrétienne différente du catholicisme : le catharisme. Cette nouvelle croyance s’est rapidement ancrée dans toute l’Occitanie. Le pape Innocent III (qui avait donc les mains pleines !) lança la croisade contre les Albigeois pour contrer ce mouvement. Celle-ci se transforma rapidement en guerre géopolitique entre les seigneurs du Nord et les seigneurs occitans.

Passionnant. Allons voir ça de plus près ! ...

1. L'étendard, 2. Avec l'ami Guillaume, 3. Avec l'ami Jean-Chri1. L'étendard, 2. Avec l'ami Guillaume, 3. Avec l'ami Jean-Chri1. L'étendard, 2. Avec l'ami Guillaume, 3. Avec l'ami Jean-Chri

1. L'étendard, 2. Avec l'ami Guillaume, 3. Avec l'ami Jean-Chri

... Et commençons par le début. Ce Grand Raid des Cathares, ou GRC, est arrivé tardivement dans mon calendrier, pour d'heureuses raisons personnelles. Je m'inscris une semaine avant la course de concert avec l'ami Guillaume. Lui nourrit une ambition de chrono (et il a les jambes pour cela), moi absolument pas. Je sais seulement que j'ai le potentiel d'arriver aux bout malgré les sorties très minimalistes du dernier mois. Surprise dans les inscrits, l'ami Jean-Chri, rencontré sur l'Aubrac, est également de la partie. C'est naturellement que nous nous rendons au départ ensemble, et d'un accord presque tacite nous allons vivre pas mal d'heures côte à côte.

1. Avec Titine, bénévole aux petits soins, 2. Dans la Cité, 3. On lâche les chevaux1. Avec Titine, bénévole aux petits soins, 2. Dans la Cité, 3. On lâche les chevaux1. Avec Titine, bénévole aux petits soins, 2. Dans la Cité, 3. On lâche les chevaux

1. Avec Titine, bénévole aux petits soins, 2. Dans la Cité, 3. On lâche les chevaux

17h30, départ du coeur du château comtal, superbe décor. Pas trop de pression bizarrement, même si je sais que l'aventure sera longue. Mot d'ordre : gestion ! Dans cette première partie diurne, on a droit à de belles pistes et à quelques montées et descentes casse-pattes pour nous chauffer. Mais point d'emballement.

Km 6 lac de Cavayère et le premier ravito. Je n'en saute aucun. Plus loin on monte sur les hauteurs, le temps se refraîchit un peu d'ailleurs. De larges pistes, de petits monotraces dans les épineux, et une première erreur de parcours en ratant le balisage à gauche au km 15. Rien de grave. Km 18 Molières-sur-l'Alberte, où bizarrement beaucoup de monde est arrêté, il faut jouer des coudes pour accéder au saucisson et aux Tucs. Et c'est reparti.

1. Sur les hauteurs du lac de Cavayère, 2. Ombres chinoises, 3. Donjon d'Arques1. Sur les hauteurs du lac de Cavayère, 2. Ombres chinoises, 3. Donjon d'Arques1. Sur les hauteurs du lac de Cavayère, 2. Ombres chinoises, 3. Donjon d'Arques

1. Sur les hauteurs du lac de Cavayère, 2. Ombres chinoises, 3. Donjon d'Arques

La nuit ne va pas tarder à s'imposer en douceur. Quelques gouttes arrivent, puis davantage. Il faut sortir la veste. Au km 25, un double balisage à gauche et à droite nous  fait tourner en rond, l'appel de l'organisation ne dénoue pas notre dilemne, alors on fonce à gauche sans certitude. Ce n'est que plus loin qu'on aura confirmation de la bonne orientation, en arrivant à Clermont-sur-Lauquet au km 30. Musique reggae, ambiance détendue, il ne reste plus grand chose à manger mais suffissamment quand même.

Guillaume est parti devant depuis le tout début de course. Jean-Chri est à mes côtés, nos rythmes s'accordent bien. Nous en profitons pour papoter longuement de sport et de plein d'autres sujets.

1. Open bar à Arques, 2. Men in black à Peyrepertuse, 3. "Pierre percée"1. Open bar à Arques, 2. Men in black à Peyrepertuse, 3. "Pierre percée"1. Open bar à Arques, 2. Men in black à Peyrepertuse, 3. "Pierre percée"

1. Open bar à Arques, 2. Men in black à Peyrepertuse, 3. "Pierre percée"

Pour la suite, compte tenu des conditions de pluie qui vont s'accentuer, je ne pourrai prendre que très peu de photos. Le mois d'octobre nous donne l'impression d'avoir passé une nuit dehors alors qu'il n'est à peine que minuit. L'averse redouble, nous voici au château d'Arques au km 47. Première base de vie, ne rien négliger : passage au buffet pour une soupe et quelques amuse-bouches, changement des textiles pour se mettre au sec, et sieste de 10 min dans le donjon. Bizarrement personne ne dort.

Nous repartons de concert avec Jean-Chri, notre duo est bien décidé à rester soudé je crois. La pluie ne cesse pas, le chemin sablonneux ne glisse pas tant que ça même s'il est bien humide. Mine de rien, ça aide. Km 56 Fourtou, les gens du village sont très accueillants dans leur mairie. Mention spéciale au boudin local et au pain artisanal. De l'énergie et des rires, on fait le plein !

La section qui nous atttend change alors de visage. Après toutes ces heures de pluie, et pas loin du lever du soleil, la température des corps descend, et ce sont près de trois heures d'hypothermie que Jean-Chri et moi vivons. Progression robotique, marche automatique, aucun abri, aucun village, aucun signaleur ni secours. On prend notre mal en patience, on fera le point au prochain ravitaillement en voyant mal comment on pourra continuer. Le jour apparaît enfin, puis quelques coureurs à nos côtés, et un village au-dessus duquel plane l'imposant château de Peyrepertuse. La montée est raide vers ce haut lieux cathare, elle nécessite de l'énergie, mais son énorme avantage c'est qu'elle nous réchauffe un peu et nous redonne espoir.

Ravitaillement du km 77, retour à la vie ! Soupe chaude, charcuterie, fromage, tartines de confiture, tout y passe. Certains vont mal et pas mal abandonnent. Avec Jean-Chri, sans nous parler, nous savons que l'épreuve est passée, on peut repartir.

1. En passant, 2. Dans la gadoue, 3. Sieste à Cubières-sur-Cinoble1. En passant, 2. Dans la gadoue, 3. Sieste à Cubières-sur-Cinoble1. En passant, 2. Dans la gadoue, 3. Sieste à Cubières-sur-Cinoble

1. En passant, 2. Dans la gadoue, 3. Sieste à Cubières-sur-Cinoble

Le chemin devient plus large, mais la glaise claire et collante alourdit sensiblement les chaussures. Ca ne glisse pas, c’est déjà ça. Le temps gris laisse néanmoins apparaître de beaux promontoires rocheux avec des colonnes calcaires qui me font penser à celles des Causses aveyronnais. Avec la fatigue, il est parfois difficile de différencier les ruines d’un ancien château d’un piton rocheux. Qu’importe, avec Jean-Chri, on renaît, on avance et on profite du paysage qui se dégage. Le chemin plonge alors vers la droite pour se muer en petit monotrace couvert de feuilles orangées. En bas, on aperçoit les gorges de Galamus et voici déjà la base de Cubières-sur-Cinoble, km 88 il est presque 11h.

L’ambiance sous la tente est festive, et le buffet copieux. Soupe chaude agrémentée de pâtes, barres protéinées, compotes, tout y passe. Un espace détente nous accueille à bras ouverts pour un somme de 15 min dans de douillets lits de camp. Le podologue inspecte mes pieds, rien à signaler malgré l’humidité ambiante. Ouf. Avec Jean-Chri, nous avons droit à l’ovation des bénévoles lorsque nous quittons les lieux, ça revigore. La montée qui suit s’accentue régulièrement pour nous conduire sur un plateau verdoyant aux belles pelouses naturelles. Un petit air d’Aubrac flotte dans l’air. On ne sait plus très bien où on se trouve et nous sommes surpris de voir déjà la descente se profiler…

Ce n’est que de courte durée car  le Pech de Bugarach est fléché, on fait confiance car les sommets sont dans les nuages. Bifurcation à droite, en route pour le km 100. Tout commence par un kilomètre vertical dans la végétation, un bon exercice pour entrer en matière. Ensuite on se retrouve à découvert et l’ambiance change radicalement : le vent s’accentue, je couvre mes deux t-shirts de ma veste car la température relative baisse fortement. Jean-Chri prend les devants pour ouvrir la voie dans les rochers. Et à chaque passage de vingt mètres franchi, nous en trouvons un autre, puis un autre… Avec le vent et la purée de pois, toute communication est coupée au-delà de cinq mètres. Je me plaque entre les rochers et attends le calme entre deux bourrasques pour avancer de quelques bonds. Toute la progression sur la crête se fait sur ce mode et c’est vraiment dangereux, à quelques pas seulement de la falaise. Ambiance Grandes Jorasses ! Nous nous demandons pourquoi l’organisation n’a pas dévié les coureurs dans ce contexte météorologique.

Un troisième compère nous rejoint et nous entamons la descente un peu plus à l’abri, heureusement car les rochers glissent, bientôt remplacés par un sentier salvateur. Cette portion était vraiment dan-tes-que, et j’ai vraiment eu peur ! La suite jusqu’à Sougraigne est plus sereine, des chemins où nous reprenons des couleurs. Et dans la salle des fêtes nous retrouvons certains bénévoles de Fourtou ainsi que quelques autres coureurs. 17h, km 113.

1. Peu avant le Pech de Bugarach, 2. Pause repas à Arques, 3. Arrivée en vue1. Peu avant le Pech de Bugarach, 2. Pause repas à Arques, 3. Arrivée en vue1. Peu avant le Pech de Bugarach, 2. Pause repas à Arques, 3. Arrivée en vue

1. Peu avant le Pech de Bugarach, 2. Pause repas à Arques, 3. Arrivée en vue

La journée avance, nous profitons de cette dernière portion avant la nuit pour courir autant que faire se peut, enjamber quelques barbelés sur des échelles et dérouler le long d’une vallée profonde sur un faux-plat descendant. Ma vision d’un beau clocher n’est qu’hallucination, pas grave puisque nous retrouvons le château d’Arques (le vrai !) laissé tôt ce matin. L’idée est de marquer un bonne pause pour se régénérer avant la nuit. Km 124, on en a rêvé à maintes reprises, on y est ! 1h40 pour manger chaud, boire, allumer les téléphones, se mettre au sec dans le donjon et dormir 40 min sous une chaude couverture. Négliger cet arrêt serait certainement une erreur que nous ne commettons pas.

1. Sur la ligne, 2. Frères de trail, 3. De quoi garder une trace1. Sur la ligne, 2. Frères de trail, 3. De quoi garder une trace1. Sur la ligne, 2. Frères de trail, 3. De quoi garder une trace

1. Sur la ligne, 2. Frères de trail, 3. De quoi garder une trace

20h50, il fait nuit lorsque nous repartons d'Arques. 54 km nous séparent de l'arrivée, nous savons maintenant que rien - ou presque - ne pourra nous empêcher de la rallier. Le chemin est facile et la nuit étoilée, un vrai changement qui facilite les choses. Nous retrouvons des coureurs des Bogomiles (le 100 km parti le matin à 9h) et du Raid, certains sont en piteux état. Patience, ça reviendra. 13 km nous mènent à Villardebelle, pause de courte durée. Puis 9 autres jusqu'à Greffeil. La lune nous éclaire, on progresse bien même si le sommeil se manifeste de temps à autres. KM 146, 2h du matin, on régénère ce qu'on peut avec Jean-Chri.

Puis c'est un bon 15 km pour rejoindre Villefloure, et cette portion est interminable : d'abord des kilomètres de serpentins sur la crête des collines, puis de larges pistes où nos pieds décident de ne plus courir bien que ça descende. C'est monotone, long, on râle, on patiente, on avance ! Des hauteurs on devine même les lumières de Carcassonne, et ça c'est bon pour le moral.

Villefloure, km 161, 6h du matin. Le ravitaillement sous la tente est frisquet, nous sautons sous les couvertures pour une micro-sieste, j'ai l'impression d'avoir dormi dix secondes lorsque Jean-Chri me réveille. Nous laissons nos compères ronfler et nous réchauffons devant le feu à l'extérieur. Requinqués, nous parcourons les 7 km suivants au pas de course, chemin ludique qui nous mène au dernier ravitaillement de Montjausse-Palaja, km 167, 7h45.

Le jour se lève alors pour nous accompagner sur la dernière portion, on redescend tranquillement vers la vallée, reconnaissons des chemins empruntés l'avant-veille, nous questionnons sur le balisage pour rejoindre la Cité que nous ne voyons pas encore. Une bonne hypothermie me tombe sur les épaules, je sors mes gants et avale une barre énergétique. Le stock de glycogène est décidément bien entamé ! La fin se fait au pas de marche à travers les vignes. Nous saluons les coureurs du 40 km qui partent à 9h, croisons Crici une bénévole sympathique et contournons la Cité par les remparts extérieurs. Il est 9h21 lorsque nous franchissons l'arche. ON L'A FAIT !

J'avais choisi de ne pas prendre de GPS, uniquement l'heure, mais tous donnent 185 km effectués, et 40h21min à notre chrono.

1. La sieste dans ma chrysalide, 2. Le pied, 3. Balade ensoleillée1. La sieste dans ma chrysalide, 2. Le pied, 3. Balade ensoleillée1. La sieste dans ma chrysalide, 2. Le pied, 3. Balade ensoleillée

1. La sieste dans ma chrysalide, 2. Le pied, 3. Balade ensoleillée

Je retrouve Titine avec bonheur, apprend que Guillaume a jeté l'éponge dans la première nuit, et sombre presque directement pour une sieste d'une heure. Douche, podologue, kiné, tout est bien organisé pour la santé de tous. Après un bon ravitaillement, je profite de l'après-midi pour me promener dans la Cité puis dans la ville. Les jambes n'ont pas trop souffert, excellent point. Le repas médiéval du soir dans la salle du Dôme est l'occasion de partager à nouveau nos récits avec les coureurs et bénévoles présents. Une belle fête à ne pas louper : cassoulet maison, vin de pays, spectacle de jongleurs et mises en scènes moyen-âgeuses.Il est déjà l'heure de prendre le train de 22h49...

1. Curieuse rencontre, 2. Cassoulet à gogo, 3. De quoi se dérouiller les gambettes1. Curieuse rencontre, 2. Cassoulet à gogo, 3. De quoi se dérouiller les gambettes1. Curieuse rencontre, 2. Cassoulet à gogo, 3. De quoi se dérouiller les gambettes

1. Curieuse rencontre, 2. Cassoulet à gogo, 3. De quoi se dérouiller les gambettes

En guise d'épilogue, je ne peux que tirer un immense coup de chapeau à mon compagnon d'ultra, mon frère de trail, l'humble mais ô combien performant Jean-Chri. Il était là pour balayer le chemin du moindre caillou, me hisser dans les côtes et me tirer dans les descentes. Je crois même qu'on a vécu les mêmes coups de moins bien aux mêmes moments, ce qui est suffisamment rare sur ces distances pour être souligné. Merci Jean-Chri pour ton humanité et ta sportivité, l'esprit trail par excellence. Sans ta présence à mes côtés, je ne sais pas si j'aurais cette médaille aujourd'hui. L'ultra, c'est un univers à part, une aventure au bout de soi. Et le partager ainsi n'a pas de prix.

Ce GRC fut la course la plus dure que j'ai pu faire à ce jour, pas sur le plan physique car tout s'est bien déroulé, mais il fallait un gros mental pour finir et affronter deux nuits, onze heures de pluie menant à l'hypothermie et le franchissement de Bugarach façon blizzard.

Les points forts du GRC : les ravitaillements complets et l'accueil de tous les bénévoles, les paysages cathares et leur histoire, la Cité emblématique de Carcassonne, l'ambiance pas trop compétition, le repas médiéval, les 3 distances proposées.

Les points à améliorer : clairement la sécurité, pas vu un signaleur ni un secouriste au bord du chemin sur l'intégralité du parcours (ils étaient tous aux ravitaillements). Personne pour vérifier que tout allait bien dans les endroits clés : première nuit intégralement pluvieuse avec risque d'hypothermie, franchissement hyper-venté en haut des falaises du Pech de Bugarach. Et puis aussi fiabiliser le kilométrage et le dénivelé annoncés même si c'est moins grave. Quant à l'heure de départ, on peut s'interroger car elle oblige à passer deux nuits dehors et une seule journée, pourquoi ne pas partir tôt le matin ?

1. De profil, 2. Roadbook, 3. L'avancée à pas d'escargot, 4. Les statistiques1. De profil, 2. Roadbook, 3. L'avancée à pas d'escargot, 4. Les statistiques
1. De profil, 2. Roadbook, 3. L'avancée à pas d'escargot, 4. Les statistiques1. De profil, 2. Roadbook, 3. L'avancée à pas d'escargot, 4. Les statistiques

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NB : merci à Cyril Bussat et Photosports pour les photos complémentaires (dur de faire des clichés de nuit ou sous la pluie).

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