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Le titre, pourtant court, en dit long. Mais quelle est donc la fragile recette qui mène à ce résultat ? Probablement la juxtaposition de petits faits, pas grand chose, trois fois rien, une vibration positive, un mojo chanceux, des surprises toujours bien positionnées... Bref voici quelques ingrédients qui ne sauraient suffire mais qui participent à tout cela !

1. Saugues, église Saint-Médard et tour des Anglais, 2. Balisage, 3. Au gite La Margeride1. Saugues, église Saint-Médard et tour des Anglais, 2. Balisage, 3. Au gite La Margeride1. Saugues, église Saint-Médard et tour des Anglais, 2. Balisage, 3. Au gite La Margeride

1. Saugues, église Saint-Médard et tour des Anglais, 2. Balisage, 3. Au gite La Margeride

Vendredi 9 juin 2017

Le covoiturage a cette vertue de faire commencer le voyage non pas à la descente du véhicule mais dès lors qu'on monte dans l'automobile du conducteur. J'ai la chance improbable, en articulant deux trajets, d'arriver directement à Saugues via la vallée de l'Allier. Une aubaine.

18h30 et un tour de village plus tard, je rejoins l'imposant gîte d'étape La Margeride, ancienne école reconvertie en accueil des pélerins de Compostelle. En attendant le car des coureurs qui arrivent du Puy-en-Velay, c'est l'occasion de faire connaissance avec Anne-Marie Vernet, championne de 24h, qui tiendra conférence juste après pour notre petite assemblée. Je découvre l'aspect mystique de la discipline et l'engagement total qu'elle demande, un réel sacerdos qui finalement ne dénote pas tant que ça avec le GR65. premier arrivé, premier servi, je m'installe dans la chambre N°1 en imporant le sort que le classement du lendemain soit à cette image (il n'en sera rien, vous vous en doutez bien !).

1. Avec Anne-Marie Vernet, 2. Work in progress dans la chambre N°1, 3. A la tienne Nico1. Avec Anne-Marie Vernet, 2. Work in progress dans la chambre N°1, 3. A la tienne Nico1. Avec Anne-Marie Vernet, 2. Work in progress dans la chambre N°1, 3. A la tienne Nico

1. Avec Anne-Marie Vernet, 2. Work in progress dans la chambre N°1, 3. A la tienne Nico

19h30 le car arrive, je note le silence étrange de ses occupants qui descendent. Concentration ? Inquiétude ? Prise de conscience des difficultés qui nous attendent ? Un peu de tout cela peut-être. Je retrouve l'ami Matthieu qui a pu finalement se libérer pour la circonstance. Nous avions fait connaissance il y a 4 ans ici même pour un bout de chemin ensemble, quelques bosses et beaucoup de bulles plus tard voici donc d'heureuses retrouvailles. Puis arrivent Nico, Jean-Baptiste et Corinne, le monde du trail est petit et bienveillant.

Pour clôturer la soirée : préparation des affaires, conférence d'Anne-Marie (j'avoue là que le moral des troupes en a pris un coup, j'ai presque culpabilisé de mes régulières incartades barbecue - bière, c'est dire !!), et repas de la joyeuse troupe... Enfin joyeuse mais crispée pour certains tout-de-même.

1. Le parc à bestiaux au Sauvage, 2. Ca monte, 3. L'ami Matthieu1. Le parc à bestiaux au Sauvage, 2. Ca monte, 3. L'ami Matthieu1. Le parc à bestiaux au Sauvage, 2. Ca monte, 3. L'ami Matthieu

1. Le parc à bestiaux au Sauvage, 2. Ca monte, 3. L'ami Matthieu

Samedi 10 juin 2017

Quand on aime le trail et plus particulièrement l'ultra, il faut savoir se lever tôt. Au programme ce matin : petit déjeuner à 2h30, navette à 3h30 et départ du Sauvage à 4h30. Vous vous dîtes "ça doit être super de profiter aussi pleinement des week-ends", et je vous comprends ! Plus sérieusement tout s'enchaîne rapidement, la seule question étant celle de la météo. Pas de fraîcheur matinale, ce sera t-shirt d'un bout à l'autre aujourd'hui, avec un sac très léger du coup.

Le Sauvage, une pensée pour Val qui fait étape ici cette nuit pour un périple sur le GR65 mais dans l'autre sens, trop tôt pour la réveiller. Et une pensée pour Jöelle également, qui n'a pas la force de rejoindre le cortège après une nuit à cogiter, partie remise.

J'aime ces départs matinaux où la frontale sert peu de temps, le petit jour pointant peu à peu. 120 coureurs s'élancent sur les 20 premiers kilomètres menant à Saugues. Attention piège : profil descendant ! Je pars derrière et fais tout mon possible pour freiner les chevaux car je sais que la course se jouera bien plus loin. Je profite de ce GR65 que j'ai arpenté voici 8 années en très bonne compagnie. Et j'y reconnais chaque virage je crois. A l'époque, je ne courrais pas...

1. Notre-Dame-d'Estours, 2. Fiat Lux, 3. Le pont Eiffel à Monistrol-d'Allier1. Notre-Dame-d'Estours, 2. Fiat Lux, 3. Le pont Eiffel à Monistrol-d'Allier1. Notre-Dame-d'Estours, 2. Fiat Lux, 3. Le pont Eiffel à Monistrol-d'Allier

1. Notre-Dame-d'Estours, 2. Fiat Lux, 3. Le pont Eiffel à Monistrol-d'Allier

Arrêt minute à Saugues au marché aux bestiaux, eau gazeuse et cacahuètes. La sortie du village nous fait quitter pour une bonne vingtaine de kilomètres le GR, Matthieu me rejoint, et le ruban de bitume se transforme vite en hors piste dans les champs. Sans que je ne sache pourquoi, ces montées de genoux me revigorent, et je file au-devant de Matthieu pour dévaler un peu plus loin vers la Seuge et son canyon verdoyant. Km 25, le moteur est chaud, les voyants au vert, je commence à bien m'amuser pour l'ascension vers Notre-Dame d'Estours. J'y retrouve Nico, qui sera partout et muti-casquette aujourd'hui, photographe, barman, joueur de pétanque, coach mental ! L'ami Jean-Baptiste n'est jamais très loin derrière.

Un monotrace ouvert à la serpette nous fait basculer dans une belle descente que j'aborde prudemment avec un petit groupe. Les jambes frémissent. Km 35 Prades et son ravitaillement où je retrouve déjà et avec surprise quelques signes d'usure autour de moi. Arrêt minute, banane, chocolat, coca et ça repart pour une montée régulière. Un coureuse un peu distraite revient à contresens sans voir la rubalise juste au-dessus d'elle, c'est Laure, que je retrouverai un peu plus loin. Progression sans encombre jusqu'en haut, beaux points-de-vue sur la vallée de l'Allier et les terres volcaniques. Je continue à passer quelques coureurs sans forcer, bon signe pour aborder la descente. J'y retrouve même un acolyte croisé ici-même il y a 5 ans ! La pente est idéale, est je déroule avec plaisir jusqu'à Monistrol-d'Allier, km 47, 5h41 de course, pointage 22ème (j'ai moi-même du mal à y croire).

1. Le long de l'Allier, 2. Rochegude, 3. Sieste à St-Privat-d'Allier1. Le long de l'Allier, 2. Rochegude, 3. Sieste à St-Privat-d'Allier1. Le long de l'Allier, 2. Rochegude, 3. Sieste à St-Privat-d'Allier

1. Le long de l'Allier, 2. Rochegude, 3. Sieste à St-Privat-d'Allier

Pour rejoindre la fameuse montée vers la chapelle de Rochegude, un tracé part à gauche le long de l'Allier. Soit. En compagnie d'un autre coureur, je manque de lucidité et continue après le pont Eiffel sur le grand chemin alors qu'il fallait prendre un monotrace en dévers caché sur la gauche par de hautes herbes. Damned. C'est au milieu de l'ascension de plus en plus hésitante qu'on se rejoint avec cinq autres coureurs, nous rebroussons chemin et redescendons. Ceci dit, le panorama sur Monistrol était sympa de ce côté !

Voici un peu plus haut la route qui annonce la montée. Ca passe tout seul, peut-être parce que ça reste un de mes passages mythiques du GR. Et en haut qui voici ? Nico et quelques ânes. Je retrouve Laure et quelques coureurs qui m'ont doublé durant mon hors piste. Il est temps de relancer, prudemment, je reste à distance. La chaleur arrive et mon valeureux bob rouge est de sortie dans le moindre abreuvoir. Tiens en parlant du bob rouge, il faudra que je vous raconte son histoire un jour, mais revenons sur le parcours. Km 54, St-Privat-d'Allier, il est temps de faire une bonne pause. Cueillères de lentilles, plancha de steack haché d'Aubrac, fromage, et... sieste dans le parc du château. On est bien ici !

1. Le canyon du Rouchoux, 2. Au lac du Bouchet, 3. Au mont Recours1. Le canyon du Rouchoux, 2. Au lac du Bouchet, 3. Au mont Recours1. Le canyon du Rouchoux, 2. Au lac du Bouchet, 3. Au mont Recours

1. Le canyon du Rouchoux, 2. Au lac du Bouchet, 3. Au mont Recours

Retour aux choses sérieuses et au canyon du Rouchoux, très verdoyant et ombragé, heureusement. La descente est rapide malgré une remise en route fastidieuse, il faut bien dégripper la machine. La bascule se fait comme souvent après le franchissement du ruisseau, la pente devient bien raide pendant quelques kilomètres. Eprouvant tout ça, malgré quelques relances bienvenues. C'est à mon sens le point le plus ardu de la journée. La vue dégagée sur les vallées proches et l'Aubrac un peu plus loin mérite tout-de-même de se retourner de temps en temps.

Km 63 le ravitaillement de St-Jean-de-Lachalm tombe à point nommé. Malheureusement il est plein soleil et il vaut mieux mettre les voiles rapidement (le saucisson verdâtre n'inspire guère confiance !). La suite est à découvert, de grandes pistes assez larges et plutôt monotones, je retrouve ici Laure et un autre coureur. Nous ferons quelques kilomètres ensemble avant que celui-ci ne file devant. La dernière pente arrive pour accéder au lac du Bouchet. Un agréable sous-bois nous y conduit, on slalome entre les résineux pour y redescendre. J'y recroise pour quelques instants l'enfant que j'étais, qui venait ici faire du canöé certains étés, et m'y voici adulte.

Km 79, ravitaillement prolongé, cacahuètes, pâtes, oranges... et chaise au bord de l'eau dans une ambiance bon enfant. On retrouve quelques coureurs plus ou moins en forme, et repartons avec Laure pour la suite ombragée qui nous mène au mont Recous dans un premier temps (où Laure croît avoir trouvé un raccourci) et au mont Devès dans un second. C'est le point culminant de la course, qui marque la jonction entre les parcours du 110 km et du 70 km. Nous sommes aussi frais - ou peut-être aussi usés - qu'eux ! Le début de la redescente est mentalement difficile car technique entre racines et branches. Tout cela s'éclaircit assez rapidement. Ouf ! Laure entre dans ce que nous appelerons la découverte du "post 80 km" puisque c'est la distance maximale qu'elle ait couru jusque lors. Je commence à déceler chez elle quelques signes de ralentissement, mais peu importe, sa compagnie est fort sympathique et le but est désormais clair : progresser ensemble vers cette ligne d'arrivée qui est encore bien loin.

1. Une Chibotte, 2. La montée de la rue des Tables, 3. La cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation illuminée1. Une Chibotte, 2. La montée de la rue des Tables, 3. La cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation illuminée1. Une Chibotte, 2. La montée de la rue des Tables, 3. La cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation illuminée

1. Une Chibotte, 2. La montée de la rue des Tables, 3. La cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation illuminée

Km 97, St-Christophe-sur-Dolaison, la fatigue est là, on évite de s'asseoir. Il faut trouver quelque chose d'inspirant à manger, pas évident après 14 heures de course. Laure invente malgré elle le brumisateur naturel en remplissant ses bidons d'eau gazeuse. Le mental commence à prendre le contrôle sur le corps fatigué, difficile de relancer et même de redescendre vers la route nationale qui annonce la montée sur Eycenac. Nico est encore et toujours là au détour d'un chemin, guidé par la foi du suiveur. Km 100, une photo pour immmortaliser l'instant !

La bosse qui suit n'est pas insurmontable, mais la fatigue la rend bien plus grande. Je prends régulièrement des nouvelles de ma co-équipière du jour entre deux discussions ou silences. Le duo sportif fonctionne parfaitement. Nous descendons pour rejoindre le dernier morceau de bravoure de la journée, le passage des chibottes. Km 106, arrêt dans une belle prairie - cachuètes et eau gazeuse - et hop en avant vers ces anciennes cabanes vigneronnes de pierres sèches. Les chibottes rabottent, tannent et malmènent tout coureur à ce stade de la journée !

Le jour décline gentiment, large piste menant droit sur la ville du Puy-en-Velay. La fin c'est la traversée de la ville au pas de course. On réalise ce qu'on est en train de vivre, c'est une vraie chance de pouvoir le faire. La montée finale de la rue des Tables est réellement un grand moment, au pas de course, à l'énergie. La cathédrale illuminée, l'ambiance façon Tour de France et tout le public qui nous encourage et nous tape dans le dos... un vrai beau souvenir et des frissons qui resteront ancrés je crois.

1. Free hugs dans l'Eveil, 2. L'entrée de la Cathédrale au petit matin, 3. Boisson locale1. Free hugs dans l'Eveil, 2. L'entrée de la Cathédrale au petit matin, 3. Boisson locale1. Free hugs dans l'Eveil, 2. L'entrée de la Cathédrale au petit matin, 3. Boisson locale

1. Free hugs dans l'Eveil, 2. L'entrée de la Cathédrale au petit matin, 3. Boisson locale

La montre GPS a rendu l'âme mais pas le chrono : 17h55, 34ème au scratch. J'aurais pu faire légèrement mieux et sûrement bien pire, mais qu'importe. Cette journée était placée sous le signe du plaisir, de l'effort, de la découverte, des rencontres, de tout ce qui fait que le trail est trail finalement. Merci Nico pour ton support constant, Matthieu pour tes bulles qui ont allégé l'épreuve, les bénévoles et l'organisation vraiment au top, vous tous croisés ici et là... et Laure évidemment pour ta compagnie bienveillante sur pas moins de 50 km (3ème féminine au scratch pour un premier ultra, voici qui augure une belle suite mais chuuut ça reste entre nous). Bref aujourd'hui j'ai vécu la course quasi parfaite grâce à vous !

Dimanche 11 juin 2017

Epilogue de la course, une nuitée bien courte chez l'aimable Eve qui me sauve la vie en me proposant une place chez elle (les amis de mes amis sont mes amis, ça se vérifie !!), lever matinal pour revenir sur ce lieu symbolique désormais calme : le portail de la cathédrale qui matérialise le départ vers Compostelle, plein ouest. Et deux covoiturages plus tard, je serai au bercail avant midi.

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