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Si je vous en ai expliqué la genèse dans un post précédent, il est temps de revenir sur la Cavalcade de Modestine pour partager ce que j’ai pu vivre pendant cette intense échappée. Une remarque préalable, qui transcende tout chemin à mes yeux, ici la géographie embrasse étroitement l’histoire des lieux… et vice et versa !

 

Géographiquement donc, on peut découper le Chemin de Stevenson en quatre territoires du Monastier-sur-Gazeille jusqu’à St-Jean-du-Gard : le Velay et ses plateaux volcaniques, le Gévaudan et les forêts de la Bête, le Mont Lozère et ses landes d’altitude, enfin les Cévennes et leurs multiples vallées verdoyantes. Tout cela augure déjà d’une très belle balade, je vais y revenir plus en détails.

La Cavalcade de Modestine, 230 km dans les pas de RL.StevensonLa Cavalcade de Modestine, 230 km dans les pas de RL.StevensonLa Cavalcade de Modestine, 230 km dans les pas de RL.Stevenson

Cependant, pour capter pleinement le sens du chemin et lui conférer une dimension supplémentaire, il me semble judicieux d’arriver avec quelques notions sur la guerre des Camisards. Je vous propose par exemple le très bon « La révolte des Camisards » de Marianne Carbonnier-Burkard. Comprendre l’histoire du protestantisme cévenol, son interdiction par Louis XIV avec la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, et l’oppression qui a conduit à la guerre en 1702, c’est comprendre pourquoi Stevenson a choisi ce voyage en 1878. Et si ce pan a été en partie gommé des livres d’histoire, c’est en marchant avec l’écrivain qu’on y redonne force et vie.

 

Un exemple poignant : le GR70 passe aux Trois Fayards au cœur du Bougès, où se réunirent une cinquantaine d’hommes venant des Magistavols, de Cassagnas et d’autres villages alentours. Ils marchèrent sur le Pont-de-Montvert et assassinèrent l’Abbé du Chaila. C’était le début de la Guerre. Si ces lieux sont minuscules sur les cartes, ils soulèvent encore aujourd’hui des réflexions profondes sur les religions, leur liberté, l’indépendance de l’Etat, etc… En me promenant dans chaque Cévenne de jour comme de nuit, j’ai parfois frissonné, et j’ai toujours senti les âmes marquées et attentives à tout cela. Une vraie identité cévenole !

La Cavalcade de Modestine, 230 km dans les pas de RL.StevensonLa Cavalcade de Modestine, 230 km dans les pas de RL.StevensonLa Cavalcade de Modestine, 230 km dans les pas de RL.Stevenson

Mais reprenons le fil du chemin pour retrouver les cailloux et les racines qui le composent… Attention raconter un long chemin prend un long moment, alors installez-vous tranquillement au fond du fauteuil avec votre tasse de thé, fermez les yeux. On y va…

Erupter dans le Velay
 

Nous sommes mercredi 3 octobre, il est midi. Le Monastier-sur-Gazeille est un charmant village, les belles bâtisses rendent compte de l’activité commerçante du bourg il y a un ou deux siècles. J’ai passé la nuit et la matinée au gite Le Stevenson, où Emmanuel Falgon m’a gentiment accueilli. J’essaie de faire le plein de sommeil, j’en aurai besoin, ainsi que d’énergie avec un copieux petit déjeuner tardif. Eve et Xavier, mes amis ponots, me rejoignent pour débuter le chemin ensemble. Bien content de leur compagnie, nous nous élançons de la stèle qui matérialise le départ.

La Cavalcade de Modestine, 230 km dans les pas de RL.StevensonLa Cavalcade de Modestine, 230 km dans les pas de RL.StevensonLa Cavalcade de Modestine, 230 km dans les pas de RL.Stevenson

Les plateaux du Velay sont un bon échauffement pour la suite. La terre tantôt noire tantôt rouge colore le paysage qui en a bien besoin, car les nuages bas amènent une humidité palpable. Ce seront les seuls petites gouttes de tout le parcours, une grande chance en ce début octobre. Eve, en reprise post blessure, écourte prudemment la sortie à St-Martin-de-Fugères, tandis que Xavier m’accompagne jusqu’à Goudet. Dans la descente sur la Loire, je rencontre Pascale et Tony, de sympathiques randonneurs nantais qui m’encouragent à distance à la remontée sur l’autre versant.

La solitude bienheureuse du chemin me tend les bras. Montagnac et bientôt Ussel. Je progresse à allure raisonnée, et papote quand je le peux avec des randonneurs américains, australiens et poitevins. Parfois les chiens des fermes se montrent agressifs, j’agite mes bâtons en guise d’épouvantail (à moins que ce ne soit moi l’épouvantail !). Je salue bien sûr les ânes, toujours formels sur le passage de Modestine : « elle est partie par là ». Je repars de plus belle.

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Au Bouchet-St-Nicolas, km 24, c’est en discutant avec Laurent le breton que nous assistons à une scène cocasse. Un gros sanglier déboule de la colline, poursuivi par les chiens, et nous file devant le museau. Un second bestiau suit quelques secondes plus tard sur le même mode. Interloqués par cette scène, nous observons les marcassins affolés et le 4x4 arrivant pied au plancher. Un homme en jaillit, et en guise de fusil brandit un téléobjectif. Un chasseur… d’images !

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Les larges pistes qui s’enchainent jusqu’à Landos ne sont pas désagréables et je retrouve en souriant la voie Régordane (j’y étais en 2014 sur ce GR700). J’achète sandwich et banane, puis repars pour du surf sur les contreforts de la vallée de l’Allier : Jagonas, Arquejols et un peu plus loin Pradelles. Le soleil couchant et ses lumières automnales exaltent le cachet de la bourgade fortifiée, et c’est quelques kilomètres plus bas que je rejoins Langogne à la tombée de la nuit. Me voici en Lozère.

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19h20, km 50, j’ai rendez-vous avec Isabelle - de l’office de tourisme - et ses gentils comparses Aloyse, Olivier et Hervé. Un très bon moment au… Ô Bon Moment (ça ne s’invente pas) où nous papotons vie associative locale autours d’une pizza Lozérienne. Un bel accueil qui donne envie de revenir. Clap de fin sur le Velay. C’était la mise en route, donc une partie plutôt facile, de jour et sans trop de fatigue. Maintenant j’ai une nuit de douze heures à affronter et je compte bien le débusquer, le grand cerf de Mercoire !

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Traquer la Bête dans le Gévaudan

 

20h40, lampe au front, je traverse Langogne et plonge dans l’obscurité. La transition est adoucie par une langue de bitume qui conduit à la forêt. St-Flour-de-Mercoire arrive bien vite, Sagne-Rousse aussi avec un chien bruyant qui s’interroge manifestement sur ma présence. Aux hameaux de Fouzilhac et Fouzilhic, je me remémore l’épisode où Stevenson s’égara à la nuit tombée dans un épais brouillard. Il y planta le bivouac. La descente sur le Cheylard-l’Evêque s’amorce après un changement de cap, à babord toute ! Evidemment je reste très prudent en terme de vitesse car le terrain roulant se montre piégeux, pas question d’y laisser une cheville.

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23h20, km 66, l’heure de la tisane ?! Oui car j’ai rendez-vous avec Sandra et Olivier qui m’ont gentiment convié à une halte au chaud. C’est aussi ça les réseaux sociaux. Pendant une heure, autour du poêle à bois, nous discutons de mon aventure du jour et de leur installation récente dans le pays. Très chouette, je me promets de revenir avec un plus de temps devant moi. 00h15 à l’horloge, je repars pour une bien longue partie nocturne. Vous me prendrez pour un illuminé si je vous avoue que je parle aux arbres et que je chante à tue-tête pour les hiboux. Devant la vie nocturne, je préfère me signaler pour ne pas tomber nez-à-groin avec un cochon sauvage. Les sens sont en éveil, pas question de sortir les écouteurs.

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Après une montée - descente, je frôle Espradels et poursuis jusqu’à l’étang de l’Auradou. Si j’apprécie ce lieu pour sa quiétude absolue, cette nuit c’est debout sur le ponton que je profite des reflets de l’eau. J’éteins quelques instants la lampe pour me fondre dans la vie nocturne. Malgré le couvercle nuageux, le pourtour herbeux apparaît. Un oiseau décolle. Silence. Et le mouvement reprend, lentement, pour aborder la descente suivante avec prudence.

2h20, arrivée au village de Luc. J’en fais le tour hors GR pour trouver un robinet et faire les niveaux. Pas une âme qui vive, je poursuis sur la route en contrebas de la fromagerie Rissoan qui nourrit des fantasmes gourmands… mais c’est fermé, il faut se faire une raison et commencer l’ascension sur le chemin. La boucle que j’attaque dans la montagne n’est pas mon meilleur souvenir : elle passe a proximité d’un site d’éoliennes dont les travaux ont ratiboisé un large périmètre, plus loin un patou me fait comprendre qu’il est chez lui, je manque de réveiller un randonneur en braquant ma lumière sur sa tente (désolé pour le dérangement), et la fatigue commence à se faire sentir. Je redescends un peu plus loin… juste en face du village de Luc, à Labrot. Bon, il faut savoir être patient et garder le cap.

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Laveyrune et la colonie de vacances Ste-Barbe amorcent la longue et régulière montée dans la forêt. Je mets un pied en Ardèche pour quelques kilomètres. Ma vitesse en a pris un coup dans le museau, j’opte pour une micro-sieste de 5 min au bord du chemin, bien couvert. Tiens, quelques étoiles commencent à apparaître entre deux nuages, et la lune vient me faire la conversation. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup (ça pourrait faire de bonnes paroles de chanson ça !). Le plateau au sommet est plutôt roulant malgré les nombreuses bifurcations qui mènent à la vierge de La Felgère, d’un blanc qui déchire l’obscurité. Ici c’est le site de l’ancienne Abbaye de Notre-Dame des Neiges, qui a brûlé en 1912. Il faut redescendre pour trouver le site actuel, apparition fantomatique bienvenue. 5h45, la salle réservée aux scouts est ouverte, une aubaine pour 20 min de sieste sur un banc en bois.

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Quelques kilomètres me séparent de la Bastide-Puylaurent. Je trouve en chemin un comité d’accueil musclé, deux chiens qui manifestement trouvent mes mollets à leur goût et que je repousse à coup de rugissements et de gesticulations. La maison Courrèges (la famille du couturier en est-elle encore propriétaire ?) annonce l’arrivée à La Bastide et mon retour en Lozère. A la gare les élèves attendent leur train, ce qui me fait réaliser qu’on est jeudi et qu’il est 7h et que le jour va se lever. Se resituer dans l’espace et le temps, voilà qui fait du bien à tout ultra-trailer !

Dans les 15 kilomètres qui suivent, je suis partagé entre la joie du lever de soleil et la consternation en parcourant la zone des Taillades. En effet, un parc éolien est en cours d’implantation et les méthodes de la société Enercon me laissent perplexe : le chemin forestier a été élargi laissant place à de véritables autoroutes en terre battue, et les véhicules du chantier y roulent à tombeau ouvert sans aucun respect pour les randonneurs. Outre le visuel calamiteux, quelles conséquences sur la faune peuvent avoir ces véritables saignées dans la forêt ? Je me questionne sur ces méthodes en poursuivant vers Chabalier…

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Il est 9 heures du matin lorsque je pénètre dans Chasseradès. Ici je suis en terre familière, et un peu chez moi je dois dire. J’ai passé ici toutes mes vacances d’enfant, ai foulé chaque recoin… A l’Hôtel des Sources, Eric me réserve un accueil au top : œufs brouillés, fromage de pays, viennoiseries, un festin, tout y passe ! Un arrêt au stand bienvenu et un très bon moment. Je promets à Eric de revenir déguster son époustouflant poulet aux écrevisses. Passage chargé d’émotions dans le village : je salue la Cambuse l’ancienne maison familiale, les amis Martine et Marcel, et surtout je m’arrête au cimetière pour saluer mon papa et ma grand-mère. Tout un monde devant moi. Silence.

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Il est 10h10 lorsque je repars. Mirandol et son viaduc, l’Estampe et l’ascension du Goulet… Je rattrape quelques randonneurs informés de ma présence, il est bien agréable de sortir de la solitude de la longue nuit tout-de-même. Sans être complètement installées, les couleurs d’automne arrivent et teintent chaudement les paysages. En Basculant vers Serre-Méjean, je me trompe bêtement de chemin et teste le hors-piste avant de revenir sur mes pas. Ces 24 heures de course dans les cuisses m’ont bien entamé. Je franchis la source du Lot à petit trot, un peu dans le dur j’en suis conscient. Les Alpiers m’offrent un beau panorama sur le Mont Lozère, et j’atteins très vite la bourgade du Bleymard. Heureusement le chemin extrêmement sec ne présente pas de difficulté particulière.

Planer sur le Mont Lozère

 

Peu après midi, arrêt au restaurant La Remise à l’accueil quelque peu désinvolte. Je trouve néanmoins un canapé pour me reposer les pieds à l’air, vive la micro-sieste ! En repartant, je contente mon estomac qui gargouille avec sandwich, croissant et banane. C’est le bob rouge vissé sur la tête que j’attaque l’ascension du Mont-Lozère, régulière au début puis avec de belles marches pentues. Ce monument granitique se mérite. Après la station de ski, je lâche les résineux et crapahute dans la lande rase très significative du lieu. Suivre les montjoies, accéder au sommet. Du Pic de Finiels où je suis seul, les 1699 m m’offrent une vue très lumineuse à l’Est sur les contreforts du Vercors, le Mont Ventoux et les Alpes enneigées. Merveilleux. Je m’allonge, je profite, j’hume, j’enregistre.

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Je bascule ensuite versant sud pour un slalom géant dans les sapinettes, qui remplace l’ancienne descente tout schuss dans les cailloux que j’aimais bien aussi. La large piste me conduit au village de Finiels, et je continue sur le Pont-de-Montvert sans grande difficulté. La lumière chaude de l’automne illumine intensément les chaos granitiques, c’est très beau.

Redevenir camisard dans les Cévennes


Le Pont-de-Montvert, km 147, la porte d’entrée des Cévennes, le foyer de la Guerre des Camisards en 1702. Quelques provisions et un court arrêt dans cette bourgade vivante, je ne traîne pas car la route est encore longue et les missions multiples : passer le pont du Tarn, gravir le Cham de l’Hermet, ou encore surnager dans les fougères rougeoyantes. L’ascension du Bougès est longue et régulière, je la fais au train aidé de mes bâtons salvateurs. Champlong, les cairns, les Trois Fayards, encore un petit effort et voici le sommet à 1421 m. Au sud l’océan des Cévennes au soleil couchant.

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Je me mets en mode pilote automatique pour la longue descente d’abord tortueuse jusqu’au col du Sapet, puis bien plus roulante au-dessous. Ne pas rater la bifurcation à droite lorsque le GR68 et le GR70 se séparent dans la nuit, et plonger vers Cocurès et Bédouès à la très belle Collégiale du XIVème siècle. On coupe ici le chemin Urbain V. Je trottine toujours et les kilomètres s’enchainent assez régulièrement. Etonnant.

Km 176 Florac. Bien content d’être là. Je déniche un restaurant encore ouvert et me jette sur des lasagnes cévenoles suivies d’une glace à la crème de marrons. Un trailer en activité continue, c’est prêt à tout ! Pour me retaper complètement, je sais qu’il faut que je dorme. Le hic c’est qu’il fait vraiment froid dehors, donc impossible de me caler dans un coin à l’extérieur. En dernier ressort, je frappe au gite communal à la sortie de la ville, où j’explique mon besoin. Le cuistot m’accueille avec un thé chaud et m’offre un bout de mezzanine pour dormir. Ça c’est de l’hospitalité, d’autant plus que je ne dois pas sentir la rose avec mes heures de course ! Je rate complètement mon réveil et dors quasiment deux heures avant d’ouvrir l’œil un peu par hasard. Bon, il est presqu’une heure du matin, je me botte les fesses pour repartir dans la nuit et la fraîcheur.

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Y’a rien à dire, dormir et manger (des trucs incroyables, non ?), ça change tout. Je retrouve de l’énergie et mes cuisses sont comme neuves. Le bout de chemin jusqu’à St-Julien-d’Arpaon est agréablement vallonné. Le pays de la châtaigne, ce n’est pas qu’une légende. Il y en a partout, avec de temps à autres une clède en pierres sèches, abri pour les faire sécher. Au loin, les chiens à l’odorat affuté accompagnent mon passage. A St-Julien, j’attaque les neuf kilomètres de l’ancienne voie ferrée qui surplombe la Mimente. Pont, tunnel, ligne droite… tchou tchou… Dans la fatigue, je dépose ma lampe au sol dans un tunnel et invente un spectacle d’ombres chinoises sur les parois. Première représentation au printemps à Paris ! Un beau chevreuil me file sous le nez avant l’arrivée à Cassagnas.

 

Ici des travaux forestiers imposent une déviation sur près de 8 km pour gagner le Plan de Fontmort. Dans la montée bitumée, je réalise que la vie nocturne est intense dans le Parc National des Cévennes. J’éteins parfois la lampe pour profiter du spectacle en 3D du ciel, que les meilleurs cinémas envieraient : une incroyable densité d’étoiles autour de la voie lactée me donnent le vertige. Je jubile. Au terme de l’ascension, peu après la stèle, je retrouve le GR qui passent à proximité de menhirs, des Rocs de Galta et rejoins le Serre de la Can. La sol est tellement sec que la terre s’est transformée en sable. Je passe à travers une belle fenêtre météo et j’en profite. La descente qui suit sur St-Germain-de-Calberte, c’est un spot que j’aime particulièrement, du calcaire alternant avec les racines. Cette nuit je suis moins joueur que d’habitude et bien plus prudent. Il est près de 7h lorsque je trouve un abri dans le village. Dernière pause avant le lever du jour.

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Je sais la fin de cette Cavalcade proche, il reste 24 km et je profite de chaque pas sous les premiers rayons. La forme est là et le sourire aussi. Le faux-plat descendant sur St-Etienne-Vallée-Française me permet de courir quasiment tout le temps, dans le chênes d’abord puis le long des gardons à sec, qui attendent sagement les prochains épisodes cévenols. Peu après Castelbouc, je double la caravane des ânes encore endormie, elle attaquera sa dernière étape dans quelques heures et nous nous rejoindrons un peu plus tard. Après avoir franchi le Gardon de Sainte-Croix, j’attaque la montée du col Saint-Pierre, et je savoure ce dernier morceau de bravoure. Je rencontre des randonneurs matinaux et même Françoise une coureuse que j’accompagne quelques minutes dans l’ascension avant qu’elle ne bifurque dans le vallon à gauche. Les dalles de schiste coupant, les racines saillantes, la végétation piquante, les feuilles oranges partout, c’est beau les Cévennes à l’automne ! La stèle Stevenson et la borne de l’ancienne route royale annoncent la bascule et la dernière descente sur une vallée verte et profonde. Une fois en bas, les kilomètres à plat le long du Gardon de Saint-Jean s’enchainent et je pénètre en ville avec émotion et jubilation, si les gens que je croise savaient d’où je viens…

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Nous sommes samedi 5 octobre, il est 10h45 à la pendule du village (pas à ma montre puisque je n’en ai point). 46 heures et 45min auront été nécessaires pour boucler l’intégralité de cette Cavalcade de Modestine, qui m’aura bien fait tourner en bourrique dans mes âneries ! Assis sur la margelle de la fontaine Stevenson, je réalise l’ampleur du chantier et la joie de l’avoir bouclé. Quelques pensées me viennent instantanément… La première c’est que le chronomètre importe peu, même s’il était nécessaire pour faire parler de ce GR70 et peut-être donner à d’autres le goût d’y venir. L’intensité se trouve au cœur du chemin et pas sous l’arche d’arrivée. La seconde, c’est que me mouvoir comme je le fais est une grande chance. Ode à la mobilité, une pensée sincère pour tous ceux qui n’en ont pas ou plus le loisir, je le fais aussi pour vous. La troisième enfin, c’est une pensée pour ma tribu qui me donne la force et le temps de concrétiser mes rêves, et pour Karine qui assure pendant ce temps et c’est tout aussi sportif. Ne retenez qu’une chose : venez sur le Stevenson, découvre, vivez !

Epilogue heureux

 

Si j’ai fait de belles rencontres en chemin, ce n’est pas fini car le reste de ce samedi 5 octobre est bien rempli : une douche revigorante, un copieux repas en terrasse (où le pélardon et la confiture de châtaigne sont rois), un triple plouf dans la piscine de l’hôtel des Bellugues, la visite de Maison Rouge le passionnant musée des vallées cévenoles, les retrouvailles avec ma maman me faisant la surprise d’être là… Le soir, je retrouve Barbara et la joyeuse troupe de la caravane des ânes pour un moment très convivial autour d’un aligot. Le groupe cévenol Tutti Quanti fait danser tout ce petit monde, chacun partage ses anecdotes du chemin, une vraie joie d’être ensemble et d’avoir vécu pleinement le chemin.

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Je finirai par les remerciements. D’abord côté matériel avec Compressport, La Boutique du Bâton, Oxsitis, New Balance France et Nutrisens Sport. Et puis côté logistique, avec les acteurs d’un jour qui ont facilité cette Cavalcade par leur aide ou leur présence : Barbara pour l’organisation, Magali pour la communication, Emmanuel pour l’accueil au gite Stevenson au Monastier-sur-Gazeille, Eve et Xavier pour les pas ensemble sur les premiers kilomètres, Isabelle (alias Valérie !) pour la halte à Langogne, Sandra et Olivier pour celle au Cheylard-l’Evêque, Eric pour le petit déjeuner à l’Hôtel des Sources à Chasseradès, Yves et Pascal pour l’accueil à l’Hôtel des Bellugues à St-Jean-du-Gard, Pierre-Yves de la Malle Postale pour le transport des bagages et mon retour au Monastier… et puis vous tous qui m’avez suivi et supporté en chair et en os ou à distance.

Vivez vos rêves. A très vite pour un bout de chemin, ensemble…

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