Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Lorsque j’ai appris mi-septembre le départ prochain d’une caravane des ânes sur le chemin de Stevenson, mon esprit s’est envolé illico presto vers les plateaux vellaves et les montagnes cévenoles. Il ne m’aura pas fallu longtemps pour réactiver l’édition 2.0 de la Cavalcade de Modestine ! Je rappelle le principe si tu avais loupé celle de l’an dernier : parcourir l’intégralité du GR70 tel que Stevenson et son ânesse Modestine l’ont fait en 1878.

 

Départ du Monastier-sur-Gazeille le 2 octobre, arrivée à St-Jean-du-Gard 2 jours plus tard, soit 230 km… en une unique étape et sans assistance.

La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70

Mon sac, ma maison


Au terme d’une nuit au calme en bord de Gazeille - dans un chalet nommé à juste titre « la cabane du pêcheur », la matinée est consacrée aux préparatifs : ne rien oublier sans en prendre trop, faire un petit déjeuner copieux, et flâner dans les rues de la bourgade altiligérienne. Faire son sac, c’est un moment crucial, presqu’un rituel surtout dans les offs en autonomie complète. Mon sac est mon allié et ma maison. Il faut trouver le juste équilibre, ne pas compromettre sa sécurité ni son confort tout en n’emportant pas toutes ses peurs (peur d’avoir froid, faim ou soif, de manquer de ceci ou de cela). Je dois dire que le modèle Enduro de chez Oxsitis est taillé sur mesure pour ce genre d’aventure, avec des poches partout pour tout avoir sous la main. Je n’ai pas utilisé la totalité de sa capacité de 30 litres, mais d’astucieuses sangles de compression permettent de jongler entre des volumes très différents. Au top et polyvalent, je le testerai prochainement en mode randonnée. Comme on me demande souvent ce que j’emporte pour ce genre de parcours, je me permets une petite digression pour détailler le contenu du sac. C’est bien chargé car le temps d’automne est changeant, il faut pouvoir supporter le soleil comme la pluie et le vent.

La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70

Contenu du sac Enduro :

  • Textiles : 1 bob rouge, 2 buffs, 1 paire de manchons pour les bras, 1 paire de gants, 1 bonnet, 1 veste à membrane imperméable Cimalp, 1 sac de couchage d’urgence Bivvy, 1 surpantalon imperméable Quechua (inutilisé), 1 seconde couche manches longues Gorewear (inutilisée), 1 t-shirt (inutilisé),
  • Hydratation : 2 bidons de 0.5 L sur les bretelles, 1 poche à eau Platypus de 2 l (inutilisée bien que remplie par sécurité avec 0.5 L pour la 2ème nuit), 2 petits bidons avec poudre pour boisson énergétique,
  • Alimentation : 5 cookies Stayactiv, 5 gourdes 4Ultra (le top pour alterner avec du salé, lentilles et pois chiches notamment), 2 gourdes Oxsitis, 2 sachets de bœuf séché Oxsitis, 6 barres Oxsitis, des saucissons à croquer, 1 paquet de noix de cajou, 5 gourdes compote pomme, 4 gourdes vanille chocolat, 2 barres Acaz,
  • Divers : 1 téléphone avec l’application Android GR70 pour gérer les doutes d’orientation, 1 batterie nomade, 1 chargeur secteur, 1 sac étanche Sea to Summit, 2 lampes frontales, 5 jeux de piles.

Et sur moi : 1 cuissard BVsport, 1 t-shirt Compressport, 1 gilet Raidlight, 1 paire de manchons de mollets Rywan, 1 paire de chaussettes Rywan, 1 paire de chaussures New Balance, 1 paire de bâtons Lekki.

 

L’essentiel est là. Pas de carte ni de montre GPS, le balisage du chemin suffit amplement. Pas de doublons inutiles. Et les villages traversés permettent de se ravitailler, ne l’oublions pas. Allez il est temps de prendre le chemin. Je choisis de partager ici quelques anecdotes. Tu te doutes bien qu’au terme de la Cavalcade, j’ai 10 000 choses à partager. Si tu veux les connaître, ça se fera autour d’un verre, qu’on se le dise !

La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70

Le Velay

Du Monastier-sur-Gazeille (km 0) à Langogne (km 50)

 

Mon amie Cécile m’accompagne sur la totalité de cette partie, c’est très sympa et ça enlève toute forme de pression ou de cogitation. Pour elle, l’aventure a commencé un peu avant avec son covoiturage, mais c’est une autre histoire. Midi pile, l’heure du départ. Cette partie globalement roulante est un piège, elle pousse à allonger la foulée sans se souvenir qu’il en reste derrière. Prudence donc, micro-sieste même. Les plateaux sont très beaux sous le relief que leur donnent les nuages chargés. Les randonneurs cassent la croûte ici et là, et Fred le guru de l’association 3Soleils nous rejoint pour quelques kilomètres de concert, à trois. De l’énergie positive ! Les failles de Goudet et d’Arquejols donnent du relief au tracé, saupoudré de bâtisses en pierre massive. Mention spéciale au très beau village médiéval de Pradelles.

Langogne signale une transition, je le sais. Celle de retrouver Vincent, Isabelle et Cyril pour un repas tous ensemble et au chaud aux Délices de la Tour. Celle aussi de bientôt abandonner Cécile, grand merci pour cette joyeuse mise en orbite, et à très vite !

La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70

La Margeride

De Langogne (km 50) au Bleymard (km 127)

 

On se refroidit vite quand on s’arrête, d’autant plus qu’il fait à présent nuit pour redémarrer. Mon ami Vincent m’accompagne jusqu’à 2 heures du matin, et la nuit à plusieurs dans la forêt de Mercoire, c’est vraiment plus facile. Vincent, en qualité de facteur, connaît les moindres secrets des routes et des chemins. Au Cheylard-l’Evêque, nous faisons une sympathique halte chez l’ami Olivier pour partager un café et les nouvelles de chacun. Les chemins divergent peu avant le lac de l’Auradou. Merci Vincent et bonne route pour la suite. Je me retrouve seul, face à moi-même et en plein pays de la Bête du Gévaudan ! Après Luc, le froid se fait plus intense et la fatigue arrive. Au culot et plein d’espoir, je pousse une à une les portes d’une colonie de vacances en mode hivernage… et miracle l’une s’ouvre, m’offrant un abri grand luxe pour une heure de sommeil… ça reste entre nous bien sûr. Sur les crêtes de Notre-Dame-des-Neiges, la température chute, -3°C en ressenti. Bonnet et gants sont de sortie, activité constante pour rester au chaud.

La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70
La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70

Les éoliennes de Chabalier sont un spectacle à elles seules : vent à 60 km/h dans les pales qui chantent à chacun de leur passage, lumières clignotantes, jour qui pointe timidement, capuche sur la tête pour essayer de marcher droit dans un froid glacial… Une certaine idée de l’enfer qui s’évanouit assez vite à la descente sur Chasseradès. C’est ici que j’ai fait mes premiers pas, et y passer en courant à présent est une beau clin d’œil. Petit déjeuner gargantuesque à l’Hôtel des Sources chez l’ami Eric, œufs-bacon, pâtes, tartines… Des calories pour préparer la suite.

La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70
La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70

Je retrouve des randonneurs sur le Goulet, et bon nombre de chercheurs de champignons à tous les coins de bois. Les sources du Lot sont à sec, il va falloir reconstituer les nappes avec les futures pluies automnales. Au Bleymard, je pique-nique au soleil après un passage à la supérette locale.

La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70
La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70

Le Mont-Lozère

Du Bleymard (km 127) au Pont-de-Montvert (km 147)

 

Cette courte partie est un monde à elle-seule. 20 km dans le granit, dans les forêts puis les bruyères si typiques de ce paysage. Je me remémore le bivouac à la belle étoile de Stevenson, avec toute la poésie de son livre. La vue dégagée jusqu’aux Alpes enneigées est fabuleuse. La météo a tourné et sera avec moi pour la suite. Finiels et très vite le Mont-de-Montvert marquent la fin de cette parenthèse, point culminant du GR70. Au bord du Tarn et au chaud, je prends le temps de dévorer un croque-monsieur, des fruits et quelques viennoiseries en lisant le Midi Libre.

La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70

Les Cévennes

Du Pont-de-Montvert (km 147) à St-Jean-du-Gard (km 230)

 

Le granit se change brutalement en schiste, nul doute que je suis bien passé dans le massif du Bougès après le Cham de l’Hermet. Une longue montée, de très belles couleurs chaudes de soleil déclinant, un beau moment calme dans la forêt. J’allume ma lampe peu après le sommet, en route pour la seconde nuit dehors. Et quelle nuit ! Très vite les cerfs discutent entre eux, c’est la période n’est-ce pas ? Les brames se succèdent de colline en colline, je brame un peu aussi pour me fondre dans le décor. Un moment privilégié. Quelques frayeurs aussi en voyant des yeux luisants, mais rien d’alarmant. Je me sens en sécurité même au cœur des fougères de deux mètres de haut dans un terrain en dévers. C’est dire ! Au cœur de la nuit, j’entame la longue descente sur Cocurès, Bédouès et Florac où je ne m’arrête que très peu. Si le parcours de l’ancienne voie ferrée de la Mimente est un peu plat, les tunnels et les ponts enlèvent toute monotonie. St-Julien-d’Arpaon et bientôt Cassagnas annoncent la montée vers le plan de Fontmort. J’éteins ma frontale de temps à autre pour lever les yeux, comme une prière. Je suis une fourmi sous la voûte céleste, la nuit claire donne une densité d’étoiles incomparable.

La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70

La suite est plus facile jusqu’à St-Germain-de-Calberte, avec de beaux passages sous mon faisceau : traces des roues de charrettes marquées dans le schiste, vestiges de villa romaine, dolmens perdus dans la colline. Je commence à fatiguer, une pause marquée à l’abri est la bienvenue. Micro-sieste avant le final, celui du jour qui va se lever après avoir dévalé vers St-Etienne-Vallée-Française et remonté le très beau chemin du col St-Pierre. Je range ma lampe et m’asseois pour profiter égoïstement des premières lueurs sur les Cévennes. St-Jean-du-Gard est tout en bas, et il aura fallu être patient pour l’atteindre finalement, retrouver les copains de la caravane, ma maman et passer tous une belle soirée de partage autour d’un aligot.

La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70La Cavalcade de Modestine 2.0 - 230 km au pas de course sur le GR70

Cavalcade de Modestine 2.0... happy end ! 44h58 pour boucler les 230 km, c'est une chose et j'en suis bien content. Presque 2 heures de moins qu’en 2018 en gérant tranquillement la fin pour ne pas arriver trop tôt. Mais l'essentiel est ailleurs, n'en doutons jamais : partager une certaine conception du trail et de la vie, montrer que les rêves sont accessibles, sentir le coupant du silex pour habiter au mieux sa maison. Pas d’illusion non plus, profiter pleinement de la liberté du chemin, c’est beaucoup de préparation en amont. Si l’improvisation folle est un mythe, la discipline est bien une nécessité.

 

Évidemment votre soutien était précieux, combien de fois ai-je souri à vous lire en sms et sur les réseaux ? Merci en particulier à mes compagnons d'échappée Cécile, Vincent et Fred (bon rétablissement à Eve et Xavier), merci à Corinne et Philippe à l'Estela, à Yves et Pascal aux Bellugues, à Eric aux Sources, à Isa, Cyril et Jean-François à Langogne, à Olivier au Cheylard-l'Evêque, à Barbara pour la logistique, à Pierre-Yves de la Malle Postale, à Fabien manitou d’Oxsitis, Pierre le druide de 4Ultra... et bien sûr par-dessus tout à ma tribu que j'aime profondément.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :