Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Cher lecteur, tu sais bien que mon approche du trail est assez détachée des chiffres et des statistiques. Pas de Strava ni de Runtastic désolé, juste une paire de baskets pour aller voir ce qu’il y a un peu plus loin, et un GPS qui m’indique de temps en temps la bonne direction.

 

Une fois n’étant pas coutume, mon 100ème dossard révolu est une bonne occasion de faire un bilan depuis cette première course en 2011. C’est comme si c’était hier, tellement de choses sont restées gravées. Pour cela je me suis fendu de deux camemberts (mon goût pour la gastronomie me l’imposait presque) qui montrent comment sont répartis les 100 dossards en terme de distance, mais aussi les sorties offs les plus significatives (avec les VTT, les randonneurs ou seul sur les traversées de GR).

100 dossards, 43 offs ... et 0 abandon !

Ces représentations montrent un bel équilibre entre les distances courtes et longues. Je dois dire que c’est assez troublant car je saisis souvent les courses à l’opportunité et à l’envie, sans plan d’entraînement ni programmation annuelle. Le bon sens et la connaissance de soi-même font bien les choses voilà tout.

 

Si ce bilan pourrait être celui de beaucoup de trailers, il y a tout-de-même un fait à souligner de deux traits : je n’ai jamais abandonné. Oui tu as bien lu : ja-mais a-ban-don-né. Compte tenu du taux de DNF, les fameux Did Not Finish, ça semble défier les lois de la nature. En fait pas du tout, et je m’en vais te livrer deux ou trois astuces sur lesquelles je me suis appuyé et qui peuvent te servir à trouver les tiennes.

100 dossards, 43 offs ... et 0 abandon !

La connaissance et l’écoute de soi

Allez c’est ici que j’enfonce des portes ouvertes. Tu es fatigué ? Marche au lieu de courir. Tu es très fatigué ? Trouve un endroit propice à la micro-sieste en attendant la prochaine base pour dormir une petite heure. Tu as envie de rendre ton dossard ? Si tu as de l’avance sur les barrières horaires, ne le fais jamais sans avoir dormi ou mangé. Le manque de lucidité dans le feu de l’action fait parfois regretter les choses a posteriori. La connaissance de soi c'est aussi ne pas s'engager sur un format de course qui ne nous correspond pas profondément, juste pour faire plus long, plus dur, plus roulant, plus ceci ou cela... J'admire tout autant le coureur de semi-marathon que celui de 100 miles. Peut-être plus d'ailleurs.

 

Le détachement matériel

Le plaisir et la performance ne sont pas proportionnels au volume de matériel technique emporté ! Evidemment il faut de solides basiques pour naviguer confortablement et en sécurité, mais les émotions négatives ne doivent pas l’emporter lorsqu’un problème survient. Un exemple : en plein UT4M 2018, je casse un bâton dans la montée verticale qui mène à Belledonne. Après 10 secondes de panique à bord, j’ai attrapé une branche, l’ai coupée à la bonne longueur (125 cm !) et ma bande velpo a fait office de grip. Bigrement efficace. Autre ultra, autre exemple : mon sac de délestage à mi-course n’est jamais arrivé… achat de piles et de provisions à la supérette du coin, et vogue l’aventure !

 

La visualisation mentale

Dans les moments où l’esprit fatigue, je sors de ma manche mon projecteur d’images. Soigneusement préparées, elles m’aident à me remotiver et à retrouver du sens quand j’ai perdu le nord. Chacun peut s’en construire, elles doivent être personnelles et profondément ancrées en nous sous peine de ne servir à rien.

 

L’entraînement raisonné

Mon volume hebdomadaire idéal, c’est 42.195 km, facile à retenir. Avec ça je peux tout affronter sans complexe. Je n’ai pas de plan et j’improvise le contenu de chaque sortie en fonction de l’envie du moment. Long, court, rythmé, pépère… diversifié ! Je ne monte qu’occasionnellement à haute intensité, ça permet de fortifier toute la machine, des tendons aux articulations, tout en la préservant. Un truc important, c’est de faire attention à la qualité de ma foulée, en m’inclinant vers l’avant pour transférer l’appui sur le médio pied. L’effet ressort cheville - genou - hanche joue alors pleinement son rôle.

 

La fierté de ceux qui m’entourent

Le trailer a beau courir seul la nuit dans la forêt, il est tel l’indien apache accompagné par les esprits. Geronimo ! En premier lieu, les esprits de ma tribu proche me portent toujours au-delà de ce que j’imagine. « Papa est allé courir dans la montagne avec les renards », pas abandonner en pleurant au pied d’un arbre ! Il y a aussi les esprits de ceux qui ne sont plus là et de ceux qui ne peuvent pas se déplacer, pas le droit de me morfondre devant eux. Enfin chose plus moderne, il y a les esprits des tous les copains qui vivent avec moi l’aventure à distance sur les réseaux. Un court message à trois heures du matin, c’est jubilatoire et ça redonne de l’énergie.

 

En guise de conclusion, je dirai simplement que l’ultra-trail est l’art de retourner les situations. Fatigue, ennui, météo capricieuse, on n’y coupe pas. A chacun ses outils et ses clés pour rebattre les cartes d’un passage compliqué. Si tu as pu trouver ici quelques pistes de réflexion, alors mission plus qu'accomplie. Ce n'était pas une leçon évidemment, juste la preuve qu'on peut y arriver en étant en pleine conscience de ce qu'on fait. A toi de jouer maintenant ! Nul doute que le trail qui m’arrêtera existe, mais je ne l’ai pas encore croisé…

En parlant de dossard, une question existentielle tout-de-même : un dossard épinglé sur la poitrine ne devrait-il pas s’appeler un "poitrinard" ? Parlons-en à la FFA !

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :