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Chi va piano va sano, e va lontano ! Aller doucement, sûrement et loin... Quand je me suis mis à pédaler l'an dernier, j'étais bien conscient que mon approche du vélo allait être comparable à celle de la course à pied. En ce mois de mai, je m'essaie donc à un exercice de style sur un parcours de 300 km à travers la belle Lozère, naturellement. Distance pas si énorme pour les gens "du métier" mais bien suffisante pour le novice que je suis. L'ami Romain à l'organisation a concocté un parcours sur mesure, diversifié et alléchant.

Ultra Bike Lozère 300 kmUltra Bike Lozère 300 kmUltra Bike Lozère 300 km

Vendredi 21 mai
J'arrive en covoiturage à La Canourgue. La pression monte un peu car c'est la première fois que je participe à une épreuve officielle en deux roues. Essayer de ne pas faire d'erreur grossière, c'est le leitmotiv. Je multiplie les petites sacoches pour emporter les choses utiles. La formule c'est l'autonomie totale : affaires, nourriture, nuitée, chacun se débrouille en respectant bien sûr le couvre-feu entre 21h et 6h. Une trace GPS pour le parcours et des checkpoints à photographier pour attester du passage. Simple et efficace, ça me plait.

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Samedi 22 mai
Après un petit déjeuner léger, place aux dernières vérifications : pression des pneus, fixation du barda... tout est ok. Malheureusement Romain ne peut pas être là car il s'est fait volé sa voiture la veille, ce qui complique bien sûr sa logistique. Ca n'entrave pas les départs qui se font aux horaires prévus dès 6h et par petits groupes, 15 cyclistes sur chaque distance c'est très confidentiel.

Les dix premiers kilomètres au lever du jour constituent l'échauffement. 4°C à St-Laurent d'Olt, frais mais pas frigorifique, et puis vient la montée qui commence autour de 8 %. A proximité d'une ferme, deux patous montrent les dents, mon cardio explose et je n'ai plus du tout froid crois-moi ! Je suis seul et le resterai pratiquement deux jours. Une solitude bienheureuse car, sans regarder les dénivelés, je sais que les territoires qui m'attendent ont tous une petite histoire personnelle à me raconter : celle de mon enfance en Margeride, de randonnées sauvages en Aubrac, de chemins historiques en Cévennes... Et d'autres histoires à construire, bien sûr !

Ultra Bike Lozère 300 kmUltra Bike Lozère 300 kmUltra Bike Lozère 300 km

A la sortie des Hermaux, la pente monte à 12 % et m'oblige à poser pied à terre. Aucun problème, c'est comme marcher en trail non ? J'arrive tant bien que mal au col de Bonnecombe à plus de 1400 m, saluant au passage les vaches qui vont transhumer dès demain.

La traversée de l'Aubrac est un beau début pour cette longue journée. Je frémis de longer le Bès, de franchir le pont de Bukinkan, de me trouver seul point coloré au milieu de ce vert infini. Un bonheur. Après Prinsuéjols, je fais un petit crocher pour admirer le château de la Baume avant de quitter le plateau au Buisson.

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Je retrouve avec surprise Chrystelle et Laetitia pour un bout de chemin ensemble à travers la Margeride jusqu'au lac de Ganivet. Je les laisse filer car je sais que les légers sur-régimes peuvent être fatals. Il est 12h lorsque j'arrive à St-Amans au km 92 pour le pique-nique. Le temps se réchauffe doucement mais le fond de l'air reste frais.

Suivent deux passages intéressants : la difficile ascension du col du Cheval Mort vers le signal de Fortunio, ici la baraque du même nom a appartenu à Léo Ferré qui devait aimer la solitude, et la jolie vallée du Chapeauroux réel paradis des pêcheurs. Les kilomètres s'enchainent avec quelques difficultés courtes et bien marquées comme à la sortie d'Auroux. Bien vite je retrouve le plus grand lac artificiel lozérien, celui de Naussac, qu'il faudrait contourner pour rejoindre Langogne au km 147. Il est 16h.

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A partir d'ici j'entre dans des lieux que je connais très bien, ce qui me propulse vers l'avant. Au terme d'un goûter sous jolie halle centrale, je repars pour aborder une zone plus chaotique aux multiples bosses : celle du Cheylard-L'Evèque, celle de Chazeaux, celle du Goulet et celle du Mont Lozère ! Je redeviens enfant dans ces fôrets du Gévaudan, je m'amuse avec les lieux, mes jambes ne souffrent bizaremment pas. L'ascension du Goulet est bien marquée avec un passage aurtour de 15 %, un mur pour moi. Mais tout se fait du moment qu'on est patient et qu'on le fait avec coeur non ? Le ciel menace sans pour autant craquer, et j'enchaine sur la longue descente sur Le Bleymard, tout aussi pentue.

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J'ai la chance d'arriver avant la fermeture de la supérette locale ce qui me permet de faire le plein pour le soir. Je repars en souriant avec dans mes poches arrières un fromage entier, de la soupe à l'oignon et quelques bananes. Curieusement je retrouve des jambes dans la belle ascension du Mont Lozère, le géant local à la végétation en paliers. La station de ski n'est pas tout-à-fait en haut mais le chemin de Stevenson que je longe me donne le courage d'arriver jusqu'au col de Finiels à 1541 m. Il est 20h30 et je m'équipe pour la descente finale de 10 km car on est proche de 0°C.

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Côté sud, ce Mont Lozère que j'adore me lance d'éclatants éboulis granitiques au visage, les rayons lumineux jaunes percent les nuages gris étain, un spectacle d'une beauté saisissante que je vis en chanceux solitaire.

Etape du soir au Pont-de-Montvert comme prévu. Il est 21h pile, j'ai fait 213 km et 3600 m D+ aujourd'hui. Check ! Je retrouve Barbara mon hôte du soir, qui m'accueille gentiment au coin d'un feu de cheminée pour une sympathique soirée. Grand merci, c'est aussi ça l'itinérance, des rencontres qu'on fait sur les chemins et des sourires qu'on retrouve quelques années plus tard.

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Dimanche 22 mai
Après une nuit réparatrice et aucun bobo à dépolorer, je me prépare à l'aube pour prendre la route dès 6h. Il fait frais le long du Tarn dans la grande descente jusqu'à Florac. Les premiers rayons me réchauffent bien dans l'ascension du causse Méjean. Col de Pierre Plate, montée à 1016 m, 6 km avec une pente moyenne à 8 %. Et là j'ai un flash : au lieu de poser pied à terre, si je faisais des zigzags sur la chaussée pour atténuer la pente ? Et bien ça fonctionne très bien, j'allonge légèrement la distance certes mais je reste sur mon vélo sans trop forcer finalement. Les 25 km qui suivent sont une longue entaille d'Est en Ouest du causse Méjean, je file à la vitesse de l'éclair (tout étant relatif tu le sais bien). L'aérodrome, les hameaux charmants, les brebis, le GR parcouru la semaine précédente... un monde isolé, vallonné, intimiste.

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Au km 50 je bascule dans la grandiose descente en lacets sur La Malène. Ici le Tarn rie à Gorges déployées ! Un seul mot d'ordre : les freins ou le ravin. Il est 9h10, l'heure de dévaliser la boulagerie locale avant de reprendre la route. L'ascension du causse de Sauveterre est plus douce (enfin pas au début) mais tout-de-même longue. Je suis un escargot qui pédale, mais un gastéropode qui avance tout-de-même et c'est bien là l'essentiel.

La dernière partie du tracé est joueuse, des bosses courtes et appuyées sur de toutes petites routes jusqu'à La Tieule. Voici enfin le final, flaboyant, presqu'héroïque sur une route lisse comme un billard qui dévale tout schuss sur La Canourgue pendant des kilomètres. J'entre en ville avec bonheur et presqu'attristé que ce soit déjà fini. 12h sonnent, 93 km au compteur de la matinée.

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En guise de conclusion
Je savais que je ne trouverais jamais mieux que cet Ultra Bike Lozère pour toucher du doigt l'endurance en vélo. Tu le sais depuis ce temps, je me sens bien sur ces territoires sauvages et rustiques. Ces 306 km et 5100 m D+ étaient le prétexte parfait pour pédaler tout un week-end, pour me croire cycliste comme j'ai pu me croire trailer il y a quelques années. Déjà.

Epilogue : aligot saucisse et bière locale en terrasse, tu t'en doutes. Ni mal aux jambes ni mal aux fesses, les différentes positions sur le vélo de course y jouent pour beaucoup. J'apprends avec stupeur que certains coureurs s'en sont pris avec véhémence à l'organisation pour ne pas avoir été présente au départ suite au vol de son véhicule. Manifestement ce n'était pas un cas de force majeure pour tout le monde, et des excités il y en a partout, même sur des vélos. Alors je leur laisse leur excitation négative, et je garde la mienne, celle de découvrir les territoires, celle de te rencontrer, celle de mériter les choses à grands coups de pédales, à grands coups de baskets... à grands coups de coeur !

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