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Laisse-moi de conter l’histoire de Jean-François Régis, un homme au destin singulier… Ordonné prêtre en 1630, il souhaitait partir au Canada mais fut finalement nommé au Puy-en-Velay. Au fil des années, il porta assistance aux malades, aux prisonniers, aux prostituées et fut même le défenseur des dentellières dont il devint le saint-patron. Mais quel est donc le rapport avec le trail me diras-tu ? … Et bien il parcourait  jusqu’à 60 km par jour pour évangéliser les contrées du Velay et du Vivarais ! Un trailer avant l’heure. Mort à Lalouvesc en Ardèche, il fut canonisé en 1737 et devint donc Saint-Régis.

L'appel du chemin de Saint-Régis - 210 km en terres volcaniquesL'appel du chemin de Saint-Régis - 210 km en terres volcaniques

Le chemin de St-Régis, ou GR430, est donc plein de sens, et je te propose une balade dans ses pas à travers l’histoire et la géographie. Un pèlerinage sportif en quelque sorte. Sur ce Off, je pars seul et au pied levé (départ décidé l’avant-veille) pour voir où j’en suis physiquement. Confinements, couvre-feux, autant te dire que le manque d’entrainement est bel et bien là. Mais l’envie aussi, et c’est bien ce qui me propulse toujours vers avant. Le principe est simple : 200 km devant moi, une seule et unique étape. Partons !

L'appel du chemin de Saint-Régis - 210 km en terres volcaniques

Jeudi 24 juin

Il est 7h, je me joins aux pèlerins du jour et assiste à la bénédiction dans la cathédrale du Puy-en-Velay. Une façon d’entrer dans l’ambiance n’est-ce pas ? Les départs du matin : 30 personnes vers Compostelle, 8 sur le Stevenson, et… 1 sur le St-Régis ! 8h30, je pars donc et perds vite la ville de vue en basculant derrière les premières collines. Le chemin à la teinte rougeâtre arpente des cultures de céréales et de lentilles. Pas de doute, je suis bien dans le Velay volcanique.

L'appel du chemin de Saint-Régis - 210 km en terres volcaniquesL'appel du chemin de Saint-Régis - 210 km en terres volcaniques

Km 8, je descends sur Coubon, une jolie bourgade qui enjambe la Loire. Ca monte progressivement ensuite pendant une dizaine de kilomètres pour atteindre Le Monastier-sur-Gazeille via un monotrace en belvédère. La pluie s’invite et s’intensifie. Je suis en terre familière ici puisque j’y ai démarré ou terminé de multiples éditions du Stevenson. Je salue les lieux avec complicité en pensant à tous ces grands moments avec les copains.

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Je passe allègrement au-dessus de 1200 m d’altitude, traverse Freycenet-la-Tour et arrive bientôt au très beau site de l’étang des Barthes. On sent qu’en temps normal il y a du monde vu les aménagements en jeux et infrastructures. Un chouette lieu nature pour passer la journée… sauf qu’aujourd’hui je suis seul. Une bonne halte et je repars vers Moudeyres en contrebas. De vieilles pierres charmantes et surtout des toits de chaume surprenants.

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Les 14 km suivants me mènent à Saint-Front en traversant l’immense plateau du Mézenc que j’aperçois au loin. De la verdure, des gouttes de pluies certes mais aussi des lumières fascinantes le long des petites routes de campagne. A Saint-Front, je fais une bonne pause au troquet du village en grignotant du taboulé et des fruits.

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Quelques kilomètres plus loin, le lac de Saint-Front s’offre à moi, rustique et désert avec quelques maison fermées. J’enchaîne sur la descente sur Fay-sur-Lignon, le chemin se change en ruisseau ce qui ralentit considérablement ma progression. Je prends néanmoins mon temps, rien ne presse. Arrêt à la boulangerie, pizza et éclair au chocolat, de quoi repartir serein sans certitude de trouver autre chose avant la nuit. La suite me donnera raison.

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Ce Haut-Lignon, c’est une alternance de bois et de cultures dans lequel je me sens seul au monde comme Thomas Pesquet dans sa fusée. Bien mouillé mais heureux. Finalement j’abandonne la Haute-Loire pour entrer en Ardèche et trouver le bourg de St-Agrève. Tout ferme tôt dans les campagnes, je dégotte tout-de-même un abri, où je passe une bonne heure en me couvrant de tous mes vêtements ou presque.

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Vendredi 25 juin

La section suivante me permet de rejoindre Rochepaule en m’enfonçant dans les forêts et dans la nuit. Le chemin devient bien caillouteux pour la descente, je redouble de prudence comme je suis seul sans pour autant trop ralentir. De la concentration et du jeu !

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Pour la suite c’est un profil en V, avec 300 m à descendre et 500 m à regravir jusqu’à Lalouvesc, km 95. Au cœur de la nuit, j’arrive dans une bourgade déserte où je devine deux clochers dressés. Je suis bien fatigué et surtout mes pieds mouillés me tiraillent avec trois ampoules (des années que je n’avais pas eu ça !). Je trouve rapidement un endroit avec un préau pour déplier mon sac de couchage et sombrer dans les bras de Morphée, au cœur du village. 9°C, la fatigue, le sol en béton… une nuit bien fraîche mais l’aventure c’est l’aventure.

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Les premiers rayons du soleil me réveillent après deux bonnes heures de sommeil… et je réalise que je suis installé entre les toilettes publiques et les poubelles. Classe non ?! Bonne nouvelle, aujourd’hui ce sera ciel bleu et chaleur. Mon ventre gargouille, je dévalise la boulangerie et m’installe au café en face avec un chocolat chaud. C’est Byzance ! Je profite du redémarrage pour faire un tour au musée St-Régis et admirer le beau panorama sur les Alpes depuis le parvis de la Basilique. Un vrai changement de décor par rapport à la veille.

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La fleur aux dents, je me perds dans la forêt sur des traces très joueuses. Courir au petit matin est un plaisir sans nom. J’admire au passage les bâtisses ardéchoises massives aux jardins chargés de légumes, plongeant ici dans une vallée, remontant là sur le versant opposé. La forêt me protège, les cours d’eau gazouillent… et les patous de Chenevière me courent aux fesses sans pour autant les atteindre ! Ouf.

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Au terme d’une longue montée, le col des Baraques (1072 m) annonce le bourg de St-Bonnet-le-Froid. Ici c’est un spot de gastronomie locale puisque la famille Marcon y a installé restaurant étoilé et hôtel de luxe, mais aussi bistrot, cave à vin et snack où je fais une halte délicieuse. De belles adresses pour les épicuriens. Je repars pour un bon bout de chemin globalement descendant (gare aux bonnes grimpettes tout-de-même) vers Dunières, Raucoules et Montfaucon-du-Velay.

Km 155, la machine est en surchauffe… C’est dans le joli bourg de Tence, très vivant au demeurant, que je trouve un grand réconfort : c’est l’heure du goûter, et je finis les pieds dans l’eau de la Sérigoule. La première fois depuis 10 ans que j’ai plusieurs ampoules aux pieds (mauvais choix de chaussettes, c’est ma faute). Heureusement les sparadraps magiques effaceront tout pour la suite. Je traverse les animations de la fête de la musique pour regagner le calme des chemins… mais pas pour longtemps puisque c'est le marché gourmand à St-Jeures. Une flammekueche artisanale me fait les yeux doux, alors je m'installe autour du lavoir ! C’est clairement de la gourmandise, mais je sais aussi que c’est la dernière halte avant la nuit et l'arrivée.

L'appel du chemin de Saint-Régis - 210 km en terres volcaniquesL'appel du chemin de Saint-Régis - 210 km en terres volcaniques

Changement de décor, me voici à présent dans le Meygal, un joli parc de volcans aux formes douces et arrondies. Le chemin s’élève jusqu’à 1296 m au pied du Testavoyre et là… quel spectacle devant moi ! Du plateau je domine la vallée où sont éparpillés une multitude de sucs et de volcans en tous genres. Un jeu de quilles version XXL, et la boule c’est moi lancé dans la grande descente caillouteuse. Le village de Queyrières, de son aire d’accueil, m’offre un coucher de soleil digne des meilleurs impressionnistes.

La nuit m’enveloppe définitivement à Monedeyres, annonçant un passage tragico-comique d’anthologie. Juge plutôt : je me fie à un balisage et bifurque à gauche alors que mon GPS me dit d’aller dans l’autre sens. Je monte alors qu’il me dit que je devrais descendre. Je vois les lumières de St-Julien-Chapteuil à droite et je m’entête vers l’opposé. Il me faudra plus d’un kilomètre pour prendre conscience de ma bêtise et rebrousser chemin en grommelant tu t’en doutes. L’exemple typique du gars bien fatigué qui a laissé sa lucidité quelques kilomètres en arrière !

L'appel du chemin de Saint-Régis - 210 km en terres volcaniques

Samedi 26 juin

Dernière section, un long faux plat descendant vers l’arrivée : Eynac et son gros rocher que je devine parmi 50 nuances de noirs, Tournecol, Marnhac, St-Germain-Laprade et ses usines lumineuses… Je n’entrevois la ville de Brives-Charensac qu’au dernier moment et la cathédrale du Puy, bien qu’éteinte à cette heure tardive, surgit enfin dans le dernier kilomètre. Mon conseil si tu veux te lancer sur le GR430, ne t'attends pas à un modèle de balisage et prémunis-toi d'un topoguide ou d'un GPS pour éviter  les jardinages intempestifs.

Je suis seul, il est presque 4h du matin, je sprinte dans une ville déserte… Bienheureux de cette grande épopée. 210 km et 43 h 26 min après, me voici de retour sur les marches de la cathédrale après avoir couru dans le labyrinthe de la vieille ville. Je n'ai clairement pas retrouvé mes capacités physiques d'il ya un an, mais c'est tout-de-même rassurant pour la suite. Pas besoin de médaille, l’important étant l'intensité du parcours où j’aurai été porté par vos encouragements incessants. Mille mercis à toi, toi et toi ! Et n’oublie pas qu’il suffit souvent d’oser pour réussir. Alors on se dit à la prochaine ?

Bonus: en exclusivité mondiale... les vidéos du périple

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