L'échappée andalouse : 960 km qui commencent ici...
On me demande souvent comment naissent mes périples à pied ou en vélo. La recette est simple et quasi universelle :
/image%2F0864333%2F20241001%2Fob_67e030_parcours-andalousie.jpg)
- Prendre la carte de la région concernée (personnellement j’aime quand la Géographie fait du pied à l’Histoire),
- Y placer les points qui attisent ta curiosité ou te font simplement rêver,
- Joindre les points en utilisant une application ad hoc (Komoot fait très bien l’affaire),
- Vérifier la longueur totale et découper la trace en journées disponibles,
- Prends tes affaires, c’est partiiiii mon kikiiiiii !
Ici donc, l’Andalousie a toujours fait figure de rêve un peu flou, et même un peu fou par son exotisme. Trouver un Flixbus pour m’y conduire avec mon vélo fut aussi facile que peu onéreux. Un voyage dans le voyage si tu arrives à dormir correctement assis, 20 heures environ de Tours à Jaén.
Plutôt que de te conter sans compter mes innombrables souvenirs ibériques, je te propose de partager les lignes fortes de chaque journée, ainsi que de jolis clichés pris au gré du chemin. Un voyage sublime.
Vendredi 3 mai : Jaén - Cordoba 118 km
Appelons cela le prologue puisque 15 heures sonnent lorsque je m’élance sur les pistes blanches au beau milieu de champs d’oliviers. Pointillisme vert sur fond ocre, océan d’arbres sur sol aride. Je regarde avec attention la gestion locale de l’eau, de profondes tranchées de captage en réseaux d’alimentation souterrains. Entre deux villages, c’est le désert dans les collines, altitude moyenne 400 m. Mention spéciale au mur de bitume infranchissable menant à la bourgade d’Arjona sous 32°C ! Alternance de routes et de pistes rapides entre Lopera et Bujalance. Au soleil couchant, je malmène mes pneus Michelin de largeur 28, ils tiennent bon jusqu’à Cordoue. Il est 22 heures, je mange un salmorejo et un flamenquin au pied de la Mezquita Catedral. Une scène d’une douceur folle. Le voyage est lancé.
Samedi 4 mai : Cordoba - Jerez de la Frontera 244 km
Une longue étape m’attend, je m’élance tôt dans les faubourgs de Cordoue qui mènent à de grandes lignes droites sur lesquelles je croise quelques congénères à deux roues. Almodovar del Rio, Posadas, Peñaflor sont autant de villages qui commencent à se liquéfier sous la chaleur du soleil. Le seul mouvement dans ce désert immobile est celui des communiants et de leur famille en habits de fête dans les rues. Je dévalise les débits de boissons et admire en campagne les champs d’agrumes. L’oranger est roi ici, et chaque champ est protégé de toute intrusion.
Gadajoz, Los Rosales, c’est vers 14 heures que je pénètre dans la magnifique Séville. Sur les rives du Guadalquivir que je longe depuis un moment, les ilots de fraicheur sont nombreux. La ville moderner se transforme vite en centre historique avec le quartier de la Catedral et ses nombreux palais arabo-andalous. Chaleur écrasante, architecture épatante. J’en prends plein les yeux. Un repas sur le pouce, une sieste à l’ombre d’arbustes et c’est reparti sur des petites routes rectilignes : Caserio d’Arsena, Lebrija, je traverse d’immenses plaines agricoles d’une horizontalité sidérante. Canaux et irrigation par inondation, l’eau est un bien précieux, ici plus qu’ailleurs. Trebujena annonce la fin de ce pilotage automatique, les collines reviennent et me mènent à Jerez de la Frontera. Je mange une copieuse paëlla accompagné d’un verre de Xérès local. Et je m’affale finalement dans une zone périphérique, les étoiles me bercent dans mon sac de couchage.
Dimanche 5 mai / Jerez de la Frontera - Gibraltar 186 km
On se réveille toujours tôt quand on dort à la belle étoile et qu’il fait frisquet. Je grignote sur le pouce ce qui reste dans ma musette, le départ est donné. Bien vite j’arrive à El Puerto de Santa Maria et son superbe château San Marcos. Ca sent les embruns, pas de doute, l’océan est là, et la jetée joliment aménagée. En attendant le bateau, je m’attable en terrasse pour un triptyque désormais habituel : fromage, jambon, fruits. Puis vient la traversée de la baie de Càdiz, vélo arrimé sur le pont du bateau. Une parenthèse de 30 min qui voit se rapprocher peu à peu la cité, ses miradors, sa cathédrale. Quelle richesse architecturale ! Les navires de Christophe Colomb de retour des Amériques y rapportèrent leurs trésors et en firent un port majeur en Europe. Et ça se voit. Je prends un bon moment pour arpenter les ruelles et les places, puis toute la lagune au sud, à Rio Arillo. Je laisse les vagues iodées pour m’enfoncer dans une campagne profonde. La chaleur monte, sans encore brûler. Dans les collines, agriculture et élevage se mêlent. Je croise des troupeaux de taureaux ébènes gardés par de fiers cavaliers. A Los Naveros, je tombe sur une fête de village qui me permet de refaire le niveau d’eau. Dans cette ruralité, le dimanche est le jour de la messe, de la pause hebdomadaire, et du regroupement familial. Les tenues sont élégantes, et les tablées nombreuses et vivantes.
A partir d’ici, je croiserai dans tout le sud bon nombre de bourgades finissant par « della Frontera » : ce suffixe castillan rappelle la frontière historique avec les royaumes de l'Andalousie musulmane... Chiclana della Frontera, Vejer de la Frontera, ou plus tard Castellar de la Frontera.
Peu à peu le relief des collines s’amplifie, dilaté par une chaleur plombante que j’aime beaucoup. Ici et là je m’abandonne à quelques minutes de siestes réparatrices. Les champs d’éoliennes annoncent la proximité du littoral, que je longe quelques dizaines de kilomètres avant que le bleu du ciel ne se fonde avec celui de l’océan. Me voici au point le plus septentrional de l’Europe, le sud de tous les suds. Je touche presque du doigt les côtes marocaines que je distingue très nettement, juste là. De gros tankers croisent en tous sens, une brise souffle… Je suis sur l’immense plage de Tarifa, les pieds dans le sable et les yeux humides. Je frissonne.
Je fais ici un vrai repas dans un troquet, car j’ai vu le profil de la suite : la montée vers le Mirador del Estrecho. La bosse est bien marquée, et sur cette nationale dénuée d’arbre, les automobilistes m’encouragent. La chaleur qui me colle au bitume ne m’empêche pas d’admirer à chaque virage les côtes marocaines. La bascule est marquée, et les disques des freins chauffent dans la descente à tombeau ouvert vers Algeciras. Un peu avant le niveau 0, je prends la mesure de ce port industriel, le 4ème en Europe. D’un côté, les grues colossales et les tankers tricotent un lent balai parfaitement orchestré. De l’autre, les ferries s’activent vers la proche cité de Tanger. Malgré tout, Algeciras reste une ville agréable, avec des places vivantes et un front de mer où il fait bon se promener. Face à moi se dresse mon point d’arrivée du jour : le rocher de Gibraltar.
A la sortie de la ville, mon GPS m’emmène dans une série d’échangeurs routiers qui me donnent tellement le tournis que je finis… sur l’autoroute A-7 ! Mon instinct de survie me fait sortir à la prochaine bretelle, objectif trouver un plan B aux 10 km d’autoroute qui me sépare de Gibraltar. Que nenni : pas moyen de trouver une route cyclable sans faire un détour de 40 km. Je me résous à faire de l’autostop sur un rond-point, espérant qu’un artisan m’embarque avec mon vélo dans son utilitaire. Ça ne marchera pas... et c’est finalement un camarade cycliste qui me « délivre », m’expliquant qu’ici les vélos ont le droit d’emprunter l’autoroute. « Me voy a Gibraltar, sígueme ». Ni une ni deux, je lui emboîte la roue et on papote en chemin quand la circulation le permet. Il me laisse gentiment près des raffineries de San Roque et je file à travers les villages de pêcheurs jusqu’à La Línea de la Concepción. Je gagne enfin ma pension, dont la simplicité reste toujours un grand luxe en itinérance. Ce soir c’est tapas à gogo et vin rouge pour fêter mon crochet en territoire britannique. A noter un passage de douane à la Midnight Express : bureaux vides, uniformes reluisants et pieds sur la table pour marquer l’autorité. Je souris de cette caricature pourtant réelle.
/image%2F0864333%2F20241001%2Fob_6e383b_20240503-152238.jpg)
/image%2F0864333%2F20241001%2Fob_dc3803_20240503-161640-01.jpeg)
/image%2F0864333%2F20241001%2Fob_870fef_20240503-174459.jpg)
/image%2F0864333%2F20241001%2Fob_54c9d6_20240503-175719.jpg)
/image%2F0864333%2F20241001%2Fob_145ca1_20240503-201120.jpg)
/image%2F0864333%2F20241001%2Fob_57ae57_20240503-201716.jpg)
/image%2F0864333%2F20241001%2Fob_5cb5bb_20240503-234423.jpg)
/image%2F0864333%2F20241001%2Fob_9423ab_20240504-074218.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_ce5722_20240504-083958.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_188dcf_20240504-102530.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_9fb73e_20240504-125653.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_68e8f3_20240504-082750.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_107929_20240504-082745.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_34ccb3_20240504-085248.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_a7c790_20240504-092553-01.jpeg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_605df3_20240504-111228-01.jpeg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_290514_20240504-131228.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_acba1d_20240504-162250.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_7ee6c5_20240504-144200.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_4dda53_20240504-153246.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_33cf3b_20240504-162055.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_72f184_20240504-181233.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_2e47b9_20240504-192037.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_caec32_20240504-210612.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_7f0560_20240504-225129.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_3c954f_20240505-084841.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_658d12_20240505-090257.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_a4feef_20240505-091747.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_e227ab_20240505-095308.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_783899_20240505-101310.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_66ab6f_20240505-104300.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_7e0efe_20240505-104900.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_b7aff8_20240505-112624.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_f39dc9_20240505-131919.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_3a0932_20240505-151931.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_c3576d_20240505-161830-01.jpeg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_cdaf0b_20240505-173148.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_b3f266_20240505-180920.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_44be25_20240505-181332.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_045f77_20240505-194843.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_055804_20240505-200051.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_e45ff8_20240505-224214.jpg)
/image%2F0864333%2F20241002%2Fob_822a3a_20240505-201722-01.jpeg)
/image%2F0864333%2F20241230%2Fob_488918_profil-2023.jpg)